L'épargne salariale perd du terrain en Europe continentale
Le nombre d’actionnaires salariés a diminué en Europe pour la troisième année consécutive pour tomber à 8,8 millions, selon les chiffres présentés hier par les représentants de la Fédération européenne de l’actionnariat salarié (FEAS) et la société Eres. «C’est inquiétant, cela nous alarme», explique le secrétaire général de la FEAS, Marc Mathieu qui y voit une conséquence de décisions budgétaires prises du fait de la crise.
Surtout, alors que le nombre d’actionnaires salariés augmentait de 200.000 personnes (+8%) outre-Manche entre 2011 et 2014, il diminuait de 500.000 personnes (-8%) en Europe continentale au cours de la même période. «Il y a une divergence qui est en train de se marquer entre l’Europe continentale et la Grande-Bretagne», poursuit Marc Mathieu. Celui-ci explique notamment la poussée de l’actionnariat salarié Outre-Manche par un doublement des incitations fiscales l’année dernière.
La France reste, de loin, le pays européen le plus adepte d’actionnariat salarié. Le pourcentage d’entreprises ayant un plan collectif y reste très élevé, à 80% en 2014. Cependant, si le nombre d’actionnaires salariés français a bondi de plus de 33% entre 2007 et 2014, il a diminué de 3,5% entre 2011 et 2014, à 3,5 millions (dans les plus grandes sociétés). Par ailleurs, à 44,4% en 2014, la part des salariés actionnaires par rapport au nombre total de salariés est en baisse régulière depuis 2011 (où elle était à 50%). Pour expliquer ce désamour, Marc Mathieu cite la hausse du forfait social (de 2% à 20% en quelques années) ou encore la suppression, à l’été dernier, de l’obligation faite à l’Etat lorsqu’il cède les titres d’une entreprise d’en réserver 10% aux salariés. Certes, la loi Macron cherche à encourager l’actionnariat salarié mais ces avancées restent très insuffisantes aux yeux de Marc Mathieu.
La loi Florange, qui généralise les droits de vote double pour les actionnaires de long terme, pourrait aussi influencer le développement de l’épargne salariale. «C’est un objet à double tranchant», explique Jérôme Dedeyan associé d’Eres. Certaines entreprises peuvent se féliciter que les actionnaires salariés forment un noyau dur stable pour l’entreprise, en revanche, «on sait que certains fonds de pension ne veulent pas voir les salariés actionnaires dépasser certains seuils», souligne Olivier de Fontenay également associé. En 2014, 40% des entreprises du SBF 120 n’avaient pas de droits de vote double.
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