Le rapport de l’ASN a renforcé les doutes sur le modèle d’EDF
Cinq, dix, quinze… L’incertitude régnant autour du nombre de milliards d’euros qu’EDF devra mobiliser dans les prochaines années afin de se conformer aux nouvelles exigences demandées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a renforcé des inquiétudes déjà fortes sur la stabilité du modèle économique du premier producteur mondial d’électricité. Les résultats de l’audit mené par l’ASN tombent en plein débat sur la poursuite du nucléaire en France à l’approche des élections présidentielles. Conséquence, la visibilité est quasiment nulle sur la génération à moyen terme des résultats d’EDF et par ricochet sur la distribution de dividende.
Selon UBS, en supposant un effort d’investissement annuel de 5 milliards d’euros sur le parc de réacteurs français, pendant dix ans, «la génération cumulée de cash-flow est négative, soulevant des questions sur la valorisation du parc de centrales français». Des questions qui se retrouvent déjà sur le marché. Fin 2011, la direction d’EDF estimait que le prix de 42 euros par MWh retenu l’an dernier par la loi sur la Nouvelle organisation du marché de l’électricité (Nome), censé refléter le coût de production de l’électricité nucléaire, valorisait son parc français 35 milliards d’euros. Hier, après une chute de 5,10% du cours de Bourse à 18,235 euros, EDF ne capitalisait que 33,7 milliards d’euros.
«Si je voulais nous mettre à l’abri d’une surprise, je dirais que le surcoût des mesures prises après Fukushima s'élève à moins de 10 milliards d’euros. Mais je pense qu’une partie est d’ores et déjà comprise dans les investissements de 40 milliards décidés avant Fukushima», a tenté de rassurer dans un entretien au Monde, Henri Proglio, le PDG d’EDF. Le montant définitif des investissements nécessaires pour le parc nucléaire pourrait ainsi rester inférieur à la borne haute de 50 milliards d’euros évoquée dès juillet 2011 par le groupe, un chiffre déjà intégré par une partie du marché.
Enfin, le surcoût éventuel pourrait être compensé par une augmentation parallèle du tarif de gros de l’électricité nucléaire. Celui-ci doit en effet prendre en considération l’intégralité des coûts de production. Avant Fukushima, EDF estimait déjà le bon prix à 46 euros le MWh. Après le rapport de l’ASN, le groupe le voit plutôt à 50 euros. Mais une telle augmentation ne manquerait pas de susciter une levée de bouclier des concurrents censés racheter l’électricité à ce prix avant de la revendre à leurs clients.
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