Le projet de recapitalisation ne lève pas tous les doutes sur la santé d’EDF
Dire que l’annonce du projet de renforcement du bilan d’EDF a été mal reçue par le marché actions relève de l’euphémisme. Le titre accusait hier la plus forte baisse du SBF 120, terminant la séance en recul de 11,1% à 10,9 euros.
La dilution qu’entraîne toute augmentation de capital est rarement appréciée des actionnaires, d’autant moins que 3 des 4 milliards d’euros seront apportés par l’Etat. «Malgré la tentative d’EDF de mettre l’accent sur ses réductions de coûts et l’optimisation de ses dépenses d’exploitation, le point clé [...] reste que les investisseurs seront sensiblement dilués (à plus de 20%), à la fois par le dividende en actions et l’augmentation de capital», relève ainsi dans sa note le courtier Bernstein.
Beaucoup de flou encore
En outre, le fait que l’opération ne soit approuvée que «d’ici à la clôture des comptes 2016 si les conditions de marché le permettent » est peu engageante. «Jusqu'à dix mois pourraient s'écouler avant que l’augmentation de capital ne soit annoncée, ce qui suggère une période de volatilité pour la valeur», souligne RBC Capital Markets.
Les analystes regrettent le manque de précisions dans les autres mesures annoncées (économies, cessions d’actifs, report de la décision sur le projet nucléaire britannique d’Hinkley Point). Le plan, qui a vocation à sécuriser la trajectoire financière du groupe, ne lève pas non plus toutes les hypothèques crédit.
Quid de l’entretien du parc nucléaire et de la gestion des déchets
Exane BNP Paribas rappelle que les prix de l’électricité en Europe devraient rester faibles dans les années à venir. Cette situation affecte les flux de trésorerie, essentiels pour mesurer la capacité de désendettement. Si le plan «est clairement positif pour EDF en terme de crédit, nous alertons les investisseurs contre tout excès d’enthousiasme. Il rend Hinkley Point quasiment certain, ce qui dégradera le profil de risque opérationnel d’EDF, mais ne résout aucun de ses problèmes fondamentaux, qui sont la faiblesse des prix de l’énergie et le recul de son Ebitda », indique la recherche crédit de BNP Paribas. Autre sujet non résolu : l’entretien du parc nucléaire et la gestion des déchets. « A court terme, l’augmentation de capital est une bonne nouvelle pour le groupe, nous restons toutefois à l’écart de la signature en raison du risque de provisionnement soudain pour le démantèlement des centrales», indique Tullett Prebon.
En revanche, le plan confirme le soutien de l’Etat pour la filière nucléaire, un élément favorablement considéré par les agences de notation. S&P et Moody’s ont mis EDF sous surveillance négative en février, mais lui accordent une prime de deux crans par rapport à sa note intrinsèque en vertu de ce soutien. L’augmentation de capital «sera insuffisante pour éliminer tout le nuage crédit qui plane sur EDF, mais lui permettra d’éviter une dégradation de plusieurs crans», estime ainsi Kepler Cheuvreux.
Reste à savoir si cette opération sera suffisante pour préserver la note sa dette hybride, établie à partie de la note intrinsèque du groupe. La dégradation d’un seul cran de celle-ci ferait tomber mécaniquement la note de l’hybride en catégorie spéculative, privant le groupe d’une source importante de fonds propres.
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