Le marché du prêt-emprunt de titres en euros craint les effets du QE
Mario Draghi ne voit pas de problèmes de liquidité sur le marché de la dette souveraine en euros. Ce n’est pas l’avis des professionnels du prêt-emprunt de titres, qui craignent un assèchement du «repo» à mesure que la Banque centrale européenne mène son programme d’achats de titres publics. «Nous craignons un gel du marché», a averti Godfried de Vidts, le président de la commission repo de l’International Capital Market Association, le lobby du secteur, dans un entretien à Reuters.
Pour éviter cela, la BCE a mis en place un mécanisme de prêt des titres qu’elle achète dans le cadre du QE. Chaque banque centrale nationale (BCN), qui mène directement 80% des achats, peut le répliquer avec ses propres conditions (décote, commission…). «Décentralisé dans sa mise en œuvre, ce dispositif devrait contribuer à soutenir la capacité des teneurs de marché à coter des prix compétitifs, c’est-à-dire qui ne soient pas altérés par des phénomènes de pénurie de titres disponibles sur le marché, et à éviter les situations de «fail», c’est à dire de défaut de règlement dans les opérations d’achat-vente ou de repo entre participants de marché», estimait le 26 mars Denis Beau, directeur des opérations à la Banque de France, lors du Forum obligataire organisé par L’Agefi.
Cette décentralisation n’est cependant pas du goût de tous. «Nous arrivons à ce scénario cauchemardesque d’une renationalisation d’un marché qui s’était développé pour devenir européen», regrette Godfried de Vidts.
Les stratégistes taux d’UniCredit relèvent eux aussi que les contraintes imposées par chaque BCN, dont on attend encore les détails pour certaines, limitent l’efficacité du dispositif. «Dans la mesure où le prêt de titres est limité en taille, le manque d’un titre spécifique sur le marché risque de ne pas être couvert en totalité, ce qui pousserait les taux repo sous -40 pb», souligne Elia Lattuga, chez UniCredit. Des problèmes de pénurie pourraient surtout se poser pour les Bunds allemands et pour les titres de maturités longues.
«Les banques sont les prêteurs les plus actifs de collatéral. Là où les banques domestiques détiennent une plus grande part de la dette souveraine, le risque de pénurie est plus bas», précise Elia Lattuga. C’est le cas des emprunts d’Etat italiens et espagnols.
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