Le marché boude les copieux dividendes de TotalEnergies

Les comptes de la major pétrolière sont au rendez-vous. Le retour aux actionnaires - que les investisseurs ne jugent pas à la hauteur - n’occulte pas d’autres questions.
François Schott, Agefi-Dow Jones
TotalEnergies essence pétrole station-service
Malgré des bénéfices records, Total a vu son titre céder en Bourse 1,9% mercredi, la troisième plus forte baisse du CAC 40.  -  RK.

Peut mieux faire. TotalEnergies a engrangé des bénéfices records en 2022 et promis une nouvelle hausse de son dividende pour 2023, mais le marché a boudé ces annonces. Le titre a cédé 1,9% mercredi, la troisième plus forte baisse du CAC 40. « Avec des bénéfices, une croissance du dividende et des perspectives globalement conformes aux attentes, nous considérons la publication comme neutre », avaient prévenu les analystes de RBC Capital dans la matinée.

Ce manque d’enthousiasme contraste avec les rebonds boursiers enregistrées par BP et Shell, les deux autres majors pétrolières européennes, à l’occasion de leurs résultats du quatrième trimestre. Le premier a pris 10% et le second plus de 5% depuis leurs publications.

Les bénéfices de TotalEnergies sont pourtant à la hauteur de ceux de ses concurrents, soutenus par des prix de l'énergie exceptionnellement élevés et par une forte demande tout au long de l’année 2022. Le résultat net ajusté du groupe français a doublé, à 36,2 milliards de dollars, tout comme celui de Shell, à 41,6 milliards de dollars, et celui de BP, à 27,7 milliards de dollars.

Rachats d’actions XXL

Mais dans ce concert de records, les investisseurs n’ont d’yeux que pour le retour aux actionnaires. Dans ce domaine, la major française fait un peu moins fort que ses rivales.

TotalEnergies prévoit de distribuer environ 15 milliards de dollars à ses actionnaires en 2023 via une hausse de 7% de son dividende et un programme de rachat d’actions de 2 milliards de dollars au premier trimestre, soit un taux de distribution compris entre 35% et 40% du cash-flow disponible.

BP de son côté a annoncé un programme de rachat d’actions de 2,75 milliards de dollars pour le premier trimestre et prévoit de retirer du marché pour environ 4 milliards de dollars de titres sur l’ensemble de l’année. Shell a fixé son rachat d’actions à 4 milliards de dollars au premier trimestre, un rythme qu’il pourrait aisément maintenir au cours des trois trimestres suivants compte tenu de sa génération de trésorerie supérieure à la moyenne, selon les analystes de Barclays.

Les deux groupes anglo-saxons ont en outre relevé de respectivement 10% et 15% leur dividende au titre du quatrième trimestre écoulé.

Polémiques

En dépit de très bons résultats, TotalEnergies affiche une performance boursière terne au regard de celle de ses concurrents. Le titre a progressé de 10% au cours des douze derniers mois, deux fois moins que celui de Shell et trois fois moins que celui de BP.

Les politiques de dividendes expliquent une partie de cet écart, mais d’autres facteurs peuvent être invoqués. TotalEnergies n’a pas été épargné par les polémiques en 2022. Il a notamment été pointé du doigt pour n’avoir pas coupé de façon suffisamment nette les ponts avec la Russie après l’invasion de l’Ukraine. Certains de ses projets phares dans l’amont pétrolier sont fortement contestés, notamment en Afrique, et les grèves dans ses raffineries françaises ont freiné ses résultats au quatrième trimestre.

Plus récemment, les déboires du conglomérat indien Adani, auquel l'énergéticien français est associé au sein de plusieurs coentreprises, ont soulevé quelques inquiétudes parmi les investisseurs. TotalEnergies a assuré que les risques liés à ces participations étaient limités. Les coentreprises sont saines et « ont des revenus », et si leurs cours de Bourse ont dévissé ces dernières semaines, ils restent à des « multiples élevés », a indiqué Patrick Pouyanné, le président-directeur général du groupe, mercredi.

Ces polémiques pourraient toutefois maintenir les investisseurs à l'écart du titre TotalEnergies, malgré des perspectives alléchantes de rendement et des cours du baril qui devraient se maintenir à des niveaux élevés en 2023.

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