Le football français attise les convoitises des investisseurs
Les clubs de football français seraient-ils enfin perçus comme attractifs sur la scène internationale ? A quelques jours de la finale de la Ligue des champions opposant le PSG au Bayern de Munich, de nouvelles informations viennent confirmer l’appétit des investisseurs pour certaines équipes tricolores. Le City Football Group, la maison mère de Manchester City détenue par le milliardaire dubaïote Mansour bin Zayed Al Nahyan, serait en négociations avancées pour racheter l’Entente sportive Troyes Aube Champagne (ESTAC).
Des clubs de taille modeste
Selon le Financial Times, cet investisseur du Moyen-Orient aurait en effet émis sa préférence pour cette équipe de ligue 2, après avoir considéré plusieurs autres pistes, dont l’acquisition de l’AS Nancy-Lorraine. La transaction portant sur le club lorrain aurait néanmoins été remise en cause par la crise sanitaire, avait fait savoir en juillet Jacques Rousselot, son président-actionnaire. Ce dernier a toutefois précisé que les négociations avec l’investisseur étranger n’étaient pas rompues. «L’argument sanitaire est léger, il s’agit surtout d’une histoire de prix», fait savoir un banquier. Selon L’Equipe, la vente de l’AS Nancy Lorraine était estimée entre 12 et 18 millions d’euros. Un prix sensiblement supérieur à celui de l’ESTAC, quatrième du classement de la ligue 2 lors de la précédente saison (contre la 12e place pour l’ASNL) et dont le prix n’atteindrait pas la barre des 10 millions.
L’intérêt du City Football Club pour des clubs de tailles modestes ne date pas d’hier. Il avait d’ailleurs contribué à donner naissance au New York City FC en 2013, qui évolue dans le principal championnat de «soccer» américain. S’en est suivie une multitude d’acquisitions avec, en 2014, le rachat du club australien Melbourne City FC, puis une prise de participation minoritaire dans le club japonais Yokohama F. Marinos. E, un an plus tard. Depuis, les clubs espagnol Girona FC, uruguayen Club Atlético Torque, chinois Sichuan Jiuniu FC, indien Mumbai City FC et belge Lommel SK sont entrés dans son portefeuille. Des investissements que le milliardaire dubaïote n’a pas financé seul, la holding étant minoritairement soutenue par les Chinois China Media Capital et Citic Group (12% du capital). Mais aussi par le fonds de private equity américain Silver Lake, qui avait accepté de débourser 500 millions de dollars pour récupérer 10% des parts, fin 2019. Une dernière transaction valorisant le groupe près de 4,8 milliards de dollars.
Mercato actionnarial
Autre club, autre profil : l’AS Saint Etienne. Les Verts avaient été sous les feux de la rampe il y a deux ans, après avoir confié un mandat à Lazard dans l’optique d’une cession à 100%. L’américain Peak6 Investment était alors entré en négociations exclusives en acceptant de valoriser les titres du club entre 40 et 50 millions d’euros. Si la transaction n’a jamais abouti, les propriétaires de l’équipe n’ont pas totalement mis au rebut leur projet. «On cherche plus un investisseur minoritaire dans un premier temps pour voir comment ça se passe pendant quelques années. On est obligé de penser à l’avenir. Nous ne sommes pas immortels avec Roland (Roland Romeyer, l’un des actionnaires de référence, NDLR). Penser à l’avenir, c’est protéger l’institution», a expliqué le co-président de l’AS Saint-Etienne Bernard Caïazzo, dans une longue interview accordée au quotidien régional Le Progrès en début de mois. Et les candidats seraient nombreux. «Il n’y a pas une semaine sans que quelqu’un de sérieux, ou pas, se renseigne», confiait le dirigeant. L’AS Saint-Etienne est l’un des seuls clubs français à ne pas avoir perdu d’argent au cours des dix dernières années.
Une situation radicalement différente de celle de l’Olympique de Marseille, qui a enregistré une perte nette de plus de 90 millions d’euros lors de la précédente saison. Le club phocéen fait pourtant lui aussi l’objet d’intérêts marqués. Au début de l’été, le businessman franco-tunisien Mohamed Yachi Ajroudi s’est adjoint les services de la boutique d’affaires Wingate dans l’optique de trouver un accord avec l’actionnaire américain Frank McCourt – lequel n’a pourtant cessé de marteler que le club n’était pas à vendre. Il faut dire que les rumeurs se sont enchaînées cet été, allant même jusqu’à évoquer un accord imminent avec le prince saoudien Al-Walid ben Talal, à hauteur de 246 millions d’euros. La rumeur reste à ce jour non confirmée, mais témoigne de l’intérêt croissant des investisseurs pour le ballon rond tricolore, porté par l’augmentation continue des droits de télévision. En trente-cinq ans, ils sont passés de 2 millions d’euros à plus de 1 milliard. Cet été, le fonds américain RedBird Capital Partners a signé l’acquisition du Toulouse FC, pourtant relégué en Ligue 2.
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