Le Conseil constitutionnel s’invite dans la réforme des procédures collectives
Un pavé dans la mare. La décision de vendredi dernier du Conseil constitutionnel de déclarer contraire à la Constitution le pouvoir d’auto-saisine du juge dans le cadre des procédures collectives risque de semer le trouble dans les tribunaux de commerce. Contactée par L’Agefi, la Chancellerie n’était pas joignable. Le garde des Sceaux, qui doit présenter ce matin au conseil des ministres son projet de réforme des procédures collectives, devrait amender sa copie.
Les Sages étaient saisis par la Cour de cassation dans le cadre d’une question prioritaire de constitutionnalité. Ils ont estimé que l’auto-saisine, prévue par l’article L. 626-27 II du Code de commerce, qui permet au magistrat, quand le débiteur n’honore pas ses engagements dans les délais, de placer en redressement ou en liquidation judiciaire une entreprise en sauvegarde, ou bien en liquidation une entreprise en redressement, ne garantissait pas le principe d’impartialité du juge. Ce principe découle de l’article 16 de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789. De fait, les Sages estiment que «le juge qui fixe le plan de sauvegarde ne peut être celui qui juge son inexécution», explique Sébastien Robineau, avocat fondateur du cabinet Homère.
«Cette décision étant applicable immédiatement, que va-t-il se passer pour les dossiers en cours, dont le délai d’appel est expiré ? s’interroge Sébastien Robineau. Le même juge pourra-t-il se prononcer ou faudra-t-il envisager une délocalisation de l’affaire ? La Chancellerie devra apporter une réponse rapidement.»
Cette décision «vient confirmer et étendre la décision du 7 décembre 2012 du Conseil constitutionnel, qui avait déjà déclaré contraire à la Constitution la saisine d’office du tribunal pour ouvrir une procédure de redressement judiciaire, tempère Samuel Scherman, avocat chez Hogan Lovells. La décision du 7 mars 2014 étend cette inconstitutionnalité en cas de résolution d’un plan de sauvegarde ou de redressement et de liquidation judiciaire».
Désormais, «le Ministère public ou les créanciers devront saisir le tribunal pour demander le redressement ou la liquidation judiciaire, poursuit Samuel Scherman. Nous n’imaginons pas que le Procureur n’agisse pas et laisse traîner la procédure. Quant aux créanciers, ils auront intérêt à demander la liquidation judiciaire pour essayer de recouvrer une partie de leurs créances».
Plus d'articles du même thème
-
Les assureurs se préparent à un été très chaud
Face à l’accroissement de la sinistralité climatique d’année en année, la solidité financière des assureurs est-elle suffisante pour permettre au secteur d’absorber un choc extrême ? C’est ce qu’ont voulu mesurer les analystes de S&P en modélisant les effets d’un événement extrême. L’arrivée d’un super El Niño cet été pourrait concrétiser certaines projections. -
La Bourse américaine plie sous le poids de la tech
Le rebond du Nasdaq a fait long feu. Mardi, l’indice à forte composante technologique a accusé une nouvelle chute, après celle de plus de 4% vendredi, la pire depuis avril 2025. L’euphorie sur le secteur des semi-conducteurs atteint ses limites mais la tech est aussi vulnérable aux taux. -
Les méga-IPO hypnotisent Wall Street
Alors que SpaceX sera coté à partir de vendredi 12 juin à Wall Street, et qu’Anthropic et OpenAI ont officialisé leurs projets de cotation, ces introductions en Bourse géantes soulèvent de nombreuses questions, tant sur les performances à venir que leur impact sur le marché.
ETF à la Une
WisdomTree rejoint la course aux ETF spatiaux en Europe
- L'extravagante valorisation de SpaceX suscite le vertige
- Les banques affûtent leur stratégie de conquête dans l’immobilier
- Airbus se dirige vers un deuxième trimestre réjouissant
- La stratégie d'investissement de détail européenne provoque une poussée de fièvre côté français
- Des manquements déclaratifs pourraient coûter 1,8 million d’euros à Bourse Direct
Contenu de nos partenaires
-
Seul en scèneAffaire Lyhanna : Gérald Darmanin peut-il tenir ?
Sur la sellette depuis une semaine, le garde des Sceaux campe sur sa ligne de défense, pointant les responsabilités individuelles dans cet échec judiciaire. Mais la pression va crescendo, à la mesure de la colère des Français -
Comparaisons n'est pas (toujours) raisonJustice : le manque de moyens a bon dos
EN CHIFFRES. Malgré une hausse notable des crédits et des effectifs sous Emmanuel Macron, la justice française peine à rattraper son retard numérique et reste à la traîne en nombre de magistrats face à ses voisins européens -
StatistiqueDates de la présidentielle 2027 : Emmanuel Macron n'est pas encore en retard
Les Français voteront-ils le 11 avril et le 25 avril 2027 ? Ou bien le 18 avril et le 2 mai ? Emmanuel Macron n'a pas encore tranché, mais certains de ses prédécesseurs ont pris plus de temps que lui