Le Club Med se met à l’écart de la Bourse
Annoncée à de multiples reprises, l’OPA sur le Club Méditerranée a fini par arriver. Ses deux premiers actionnaires, Axa PE et le fonds d’investissement chinois Fosun, épaulés par le management, veulent prendre au moins 50% du capital du groupe de villages de vacances. Un rachat officiellement destiné à donner à la société le temps et la liberté, en dehors de la Bourse, de mener à bien sa stratégie de développement dans les pays en croissance, notamment en Chine où le Club Med exploitera cinq villages en 2015.
L’offre d’Axa PE et de Fosun intervient alors que «le groupe est confronté à de nouveaux défis, avec un recul fort et probablement durable du marché européen du tourisme, notamment français», explique Henri Giscard d’Estaing, le PDG du Club Med. La consolidation du capital permet de mettre le groupe à l’abri des soubresauts du secteur du tourisme, entre catastrophes naturelles et conflits géopolitiques. Elle évitera aussi que le Club Med, qui a régulièrement fait l’objet de convoitises plus ou moins bien intentionnées, ne tombe entre des mains jugées hostiles.
Enfin, Fosun, qui gère une quarantaine de participations pour des montants de plus de 200 millions de dollars, jugeait sa part dans le Club Med ou trop grande ou trop petite. Son implication doit faciliter le déploiement du Club Med en Chine. Le groupe qui disposera de trois villages d’ici à la fin 2013 dans le pays, compte en exploiter cinq d’ici à 2015, avec 200.000 clients, contre 56.000 environ cette année.
Sur le plan financier, la société n’avait pas nécessairement besoin de cet appui. Comme le remarque Henri Giscard d’Estaing, l’OPA intervient au moment où le groupe «commence à toucher les premiers fruits de sa stratégie mise en place en 2003», avec une «croissance rentable» et une «structure financière solide». Il a généré 11 millions d’euros de cash flow libre au premier semestre de l’exercice 2012-2013 et sa dette nette (112 millions d’euros) représente 21% des fonds propres.
Le projet ne prévoit aucune injection de nouveaux fonds. Axa PE et Fosun apporteront leurs actions et leurs Oceanes (51 millions d’euros pour Axa PE et 61 millions pour Fosun). Le rachat des 81,2% du capital et des 92,5% d’Oceanes non détenus coûterait 318 millions d’euros à Axa PE et Fosun, auxquels s’ajoutent 8 millions d’euros apportés par la structure regroupant les managers. L’offre valorise 100% du capital de Club Med à 678 millions d’euros, 8 fois l’Ebitda estimé pour 2013. Elle sera caduque si elle n’obtient pas 50,1% du capital. Club Med restera coté en Bourse si l’OPA ne permet pas d’atteindre 95%.
La holding d’acquisition lèvera une dette de 240 millions d’euros auprès de trois banques françaises, avec une composante senior amortissable sur 6 ans et une part in fine à 7 ans. «Les fonds propres apportés par les actionnaires représentent 60% de l’opération», indique Dominique Gaillard, directeur général d’Axa PE, ce qui «minimisera le montant de dividendes que devra générer le Club Med». Ce LBO, «serré» et «compliqué à mettre en place pour une société du tourisme» selon une source financière, laisse peu de place à une surenchère des actionnaires voire à une contre-offre, même si le prix de 17 euros par action est jugé un peu juste par certains analystes. Les acheteurs sont conseillés par SG CIB. Côté juridique, Darrois épaule la direction du Club Med, Weil Gotshal conseille Axa PE et Fosun s’appuie sur DLA Pipper.
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