Le chantier du canal de Panama devient un boulet pour l’espagnol Sacyr
La rupture des négociations sur le financement de l’élargissement du canal de Panama aura des conséquences graves si elle devient définitive, a averti hier Grupo Unidos por el Canal (GUPC), consortium chargé des travaux sous la houlette de Sacyr. L’action du groupe de BTP espagnol a d’ailleurs chuté de 6,9% hier à Madrid.
Comprenant aussi l’italien Salini Impregilo, le belge Jan De Nul et le panaméen Constructora Urbana, le consortium estime que la décision prise par l’Autorité du Canal de Panama (ACP) de mettre fin aux discussions «menace de façon imminente jusqu’à 10.000 emplois». Il réclame le règlement rapide d’une facture de 50 millions de dollars (37 millions d’euros) «pour faciliter le paiement des sous-traitants, des fournisseurs et des salaires de cette semaine».
Le contrat au Panama représente environ un quart du chiffre d’affaires de Sacyr à l’international. Outre les effets négatifs sur son image, un possible retrait de licence de la part de l’ACP augmenterait l’exposition du groupe au risque judiciaire, compromettant une partie de ses efforts de redressement. Le groupe, dont la dette nette de 6,9 milliards d’euros représentait fin septembre 4,5 fois ses capitaux propres, a indiqué mi-janvier qu’il pourrait perdre l’équivalent de 420 millions d’euros en garanties et paiements effectués d’avance si le différend n’est pas résolu.
Alors que plus de 70% des travaux ont été réalisés, le projet entamé en 2007 a subi des dépassements de coûts imputables notamment à des «conditions géologiques imprévues», d’où un besoin de financement supplémentaire chiffré à 1,6 milliard de dollars, soit 44% du montant originel du contrat, pour terminer le chantier d’ici à 2015. Le GUPC a proposé de prendre à sa charge la moitié de cette somme, l’autre moitié restant à la charge de l’ACP qui a refusé cette offre. Le consortium juge par ailleurs nécessaire de découpler la question du financement de l’arbitrage en cours visant à déterminer la responsabilité de chacun dans les surcoûts.
Si le GUPC «continue de rechercher une solution pour financer la réalisation du projet», l’arrêt du chantier pénaliserait aussi les groupes internationaux qui souhaitent y faire transiter des bateaux à fort tonnage, notamment pour le transport de gaz naturel liquéfié du Golfe du Mexique vers l’Asie, et il entraînerait des milliards de dollars de manque à gagner en droits de passage et en opportunités perdues pour l’activité du Panama.
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