Le câblo-opérateur Charter fait flamber sa dette

L’acquisition de TWC et Bright House avec un fort levier défavorise les porteurs obligataires. La dette pourrait représenter jusqu’à 5 fois l’Ebitda de l’ensemble.
Antoine Landrot

Les acquisitions de Time Warner Cable (TWC) et de Bright House par Charter Communications peuvent laisser les investisseurs obligataires perplexes. Devant payer au total 65 milliards de dollars, Charter a indiqué qu’il allait emprunter environ 25 milliards, dont 23 pour TWC.

Ce montant pourrait encore augmenter: «En fonction de l’option que choisiront les actionnaires de TWC pour la part versée en numéraire [100 ou 115 dollars, ndlr], Charter aura besoin de lever entre 25 et 29,3 milliards en nouveaux crédits», avertit CreditSights. Le groupe a signé un engagement pour 31 milliards de dollars de dette, en prenant en compte quatre milliards sous forme de crédit-relais et une ligne renouvelable accrue de 1,7 milliard (à trois milliards). Les banques retenues sont Bank of America, Credit Suisse, Goldman Sachs et UBS.

Les dettes existantes des sociétés sont maintenues en l’état (23,3 milliards pour TWC et 13,9 milliards pour Charter). Certains investisseurs obligataires, notamment ceux de TWC, s’inquiètent de la dégradation du bilan et des notations de leurs souches. Avant l’opération, Charter affichait un levier de dette nette de 4,67 fois l’Ebitda et TWC de 2,97. Le nouvel ensemble affichera un levier estimé à 4,79 fois, voire 5 si les actionnaires de TWC optent pour l’option à 115 dollars. Soit l’un des plus élevés du secteur: le multiple d’endettement de Comcast, son grand concurrent, atteint 2,2.

Les clauses du contrat de crédit accordent une grande souplesse à Charter: l’opérateur pourra émettre prêt bancaire, second-lien et/ou obligations à haut rendement (high yield). Sa volonté de structurer le financement de telle sorte que la dette de TWC ne soit pas dégradée en catégorie spéculative n’est pas une garantie de succès. Moody’s et S&P indiquent qu’ils pourraient dégrader TWC (noté aujourd’hui respectivement Baa2 et BBB) de plusieurs crans. S&P est la seule agence à préciser qu’il devrait rester en catégorie investment grade.

CreditSights s’attend donc «à ce que les obligations Charter sous-performent étant donné la possibilité que la dette existante de TWC et une portion des titres nouveaux soient structurellement prioritaires par rapport aux obligations Charter existantes». Pourtant, S&P et Moody’s ont indiqué qu’elles pourraient réviser à la hausse la note de Charter (BB- et Ba3): «La proportion de capital des deux acquisitions (environ 41 milliards de dollars) va provoquer [...] une forte génération de trésorerie libre», justifie notamment Moody’s.

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