L’Autorité de la concurrence milite pour une ouverture du monopole des pharmacies

Son enquête met en lumière les pratiques des laboratoires susceptibles de freiner la baisse des médicaments, remboursables et non remboursables
Bruno de Roulhac

Notre ambition est de faire bouger les lignes pour que notre économie soit plus juste et plus dynamique», a déclaré Bruno Lasserre, président de l’Autorité de la concurrence, en préambule de la présentation du rapport annuel de l’autorité indépendante. Le gendarme français de la concurrence peut se targuer d’être particulièrement actif avec 266 décisions (contrôle de concentration et pratiques anticoncurrentielles) et avis rendus en 2012 et des amendes prononcées pour 541 millions, alors qu’elle n’a qu’un budget, stable, de 20 millions d’euros (douzième rang mondial).

Active dans tous les secteurs, l’Autorité a dévoilé hier les premières conclusions de son enquête sur la distribution de médicament. Un texte soumis à consultation publique jusqu’au 15 septembre 2013, pour un avis attendu en fin d’année. L’Autorité de la concurrence milite pour une ouverture partielle du monopole officinal.

Le gendarme soulève tout d’abord les pratiques de laboratoires susceptibles de freiner la baisse des prix des médicaments. L’Autorité fustige notamment les entraves au développement des génériques – qui ont pourtant pour effet direct de conduire à une baisse du prix du médicament de l’ordre de 60% – telles que les pratiques de dénigrement, pour lesquelles Sanofi a été récemment sanctionné, et de «pay for delay», où le génériqueur accepte de retarder la mise sur le marché de son médicament contre rémunération du laboratoire princeps.

L’Autorité s’inquiète aussi des risques d’entente entre laboratoires en amont de la négociation des prix avec le Comité économique des produits de santé (CEPS) et d’entente des génériqueurs pour ne pas demander le statut de générique pour leurs spécialités. Les prix de ces médicaments sont donc alors «maintenus à un niveau artificiellement élevé». En outre, la distribution de gros ne joue pas un rôle suffisant dans l’animation concurrentielle, estime l’étude.

Du côté des médicaments non remboursables, vendus à prix libres (écarts constatés de 1 à 4), et pesant 1,65 milliard d’euros en 2011, l’Autorité constate que la vente directe auprès des officines permet aux labos de maintenir des marges plus élevées et de maîtriser les prix de vente au détail. Quant aux ventes liées de génériques et de médicaments non remboursables, assorties de remises sur ces derniers, elles suggèrent que les prix des génériques pourraient être revus à la baisse.

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