L’accès de protectionnisme de Moscou fait peser un risque sur le plan de privatisations
Vladimir Poutine n’est pas d’humeur à s’embarrasser de longues tractations. Dans l’urgence d’un conflit entre la Commission européenne et le géant gazier Gazprom, le président russe a signé le 10 septembre un décret (s’épargnant ainsi la procédure d’approbation parlementaire) destiné à la protection des intérêts à l’étranger des groupes russes jugés stratégiques. Si le bras de fer avec Bruxelles au sujet de Gazprom prend ainsi une nouvelle tournure, le décret a de quoi inquiéter les investisseurs internationaux quant aux intentions économiques du Kremlin.
Le texte impose aux groupes visés d’obtenir l’autorisation du pouvoir exécutif avant de transmettre toute information exigée par des gouvernements étrangers ou institutions internationales. Le Kremlin apportera également sa bénédiction pour toute cession importante d’actifs ou modifications de contrats avec une puissance publique étrangère, écartant toute mesure susceptible à ses yeux de nuire aux intérêts nationaux.
La mise en place de ce «filtre» va immanquablement et profondément affecter la «transparence de la conduite des affaires en Russie et sa procédure de prise de décision», ce qui est «une très mauvaise nouvelle», estime Julia Tsepliaeva, chef économiste pour le pays chez BNP Paribas. Concrètement pour les investisseurs, ce décret qui renforce le rôle de Moscou dans l’activité économique réduit selon elle les chances de lancement du programme massif de privatisations promis par Moscou. «Nous sommes particulièrement pessimistes quant au projet de privatisations dans le secteur pétrolier et gazier», reconnaît Julia Tsepliaeva.
Pour l’heure, l’attention des observateurs s’est justement fixée à l’annonce du décret sur le sort du groupe gazier public Gazprom, à l’encontre duquel la Commission européenne a annoncé la semaine passée le lancement d’une enquête pour abus de position dominante.
La Russie, qui a prévenu d’une augmentation de ses livraisons vers l’Asie, estime que Bruxelles manœuvre ainsi afin d’obtenir des réductions de tarifs de la part de Gazprom au bénéfice de ses clients publics en Europe de l’Est. Se targuant de préoccupations économiques plutôt que politiques, le vice-Premier ministre russe Arkady Dvorkovich a précisé que le gouvernement allait engager des négociations directes avec Bruxelles d’ici quelques jours. La Commission européenne n’a pas souhaité réagir officiellement.
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