La vogue des rachats d’actions suscite la grogne des gérants américains
Depuis des mois, Carl Icahn mène bataille auprès de la direction d’Apple, implorant la marque à la pomme de distribuer toujours davantage à ses actionnaires sous la forme de rachats d’actions. L’actionnaire activiste, détenteur de moins de 1% du capital, a estimé qu’un programme de rachat de 100 milliards de dollars ne serait pas aberrant pour aider à atténuer la sous-valorisation boursière. Certes, Apple dispose à fin juin de quelque 164,5 milliards de dollars de trésorerie.
Mais le combat des activistes n’est pas celui des gestionnaires d’actifs de long terme. Après BlackRock il y a quelques mois, un autre mastodonte, Capital Group, a fait entendre sa voix pour dénoncer les gesticulations d’Icahn et consorts (comme David Einhorn ou Bill Ackman, à la tête des hedge funds Greenlight Capital et Pershing Square Capital Management). Dans un entretien au Financial Times, le président du comité de direction du gestionnaire américain, Tim Armour, a en effet lancé: «nous pensons que les sociétés devraient être gérées sur le long terme, et qu’il s’agit d’éviter les mesures forcées destinées à maximiser le profit à court terme aux dépens de la prospérité de l’entreprise». Le dirigeant privilégie la hausse régulière des dividendes, qui «impose la discipline au management». Une exaspération partagée par le directeur général de BlackRock, Laurence Fink, qui avait écrit en mars dernier à l’ensemble des patrons des sociétés du S&P500 pour les appeler à ne pas sacrifier l’intérêt à long terme de l’entreprise. Un intérêt passant par un investissement pour l’emploi et la croissance futurs.
Alors même pourtant que Carl Icahn reconnaît que Tim Cook est un bon dirigeant chez Apple, les gérants reconnaissent que les activistes peuvent favoriser certaines évolutions favorables au sein de leur cible. Ces actionnaires turbulents atteignent en tout cas leur but, avec une performance de 19,2% en 2013 selon eVestment, contre un gain de 10,4% pour l’ensemble des hedge funds.
Les entreprises du S&P500 ont selon S&P Dow Jones acquis 533 milliards de dollars de leurs actions sur douze mois à fin juin dernier. Et après un léger essoufflement au deuxième trimestre, le mouvement a selon l’analyste Howard Silverblatt regagné en intensité sur le trimestre écoulé. Ces rachats ont eu selon BoA Merrill Lynch un impact mécanique de 1,5 à 2 points sur la croissance des résultats nets par action au troisième trimestre.
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