« La survie de l’entreprise est en jeu en cas de tension sur la liquidité »
L’AGEFI: La dégradation de la conjoncture va-t-elle influencer la gestion de trésorerie des entreprises?
STEPHANE NENEZ: Confrontées à une diminution de leur capacité de financement entre l’automne 2008 et la fin 2009, les entreprises françaises ont pu reconstituer leur trésorerie, notamment en réduisant leurs coûts. En 2010 et jusqu’au printemps 2011, l’accès au financement s’est un peu assoupli, donnant aux entreprises de nouvelles marges de manœuvre. Certains grands groupes ont décidé de consacrer une partie de leur trésorerie à des rachats d’actions ou au versement de dividendes. D’autres jouent la prudence, en considérant le cash comme une ressource limitée voire rare, en attendant d’y voir plus clair. L’expérience a montré qu’en période de tension sur la liquidité, la survie de l’entreprise pouvait être en jeu si la gestion de trésorerie est défaillante.
Cette culture «cash» est-elle suffisamment développée en France?
Bien que l’ensemble des entreprises déclarent faire de la gestion de trésorerie leur priorité, en pratique, c’est loin d’être toujours le cas. Alors qu’un pilotage de la trésorerie serait nécessaire à partir de 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, on se rend compte que deux catégories d’entreprises sont réellement centrées sur la gestion de leur trésorerie. Les entreprises dont la trésorerie est abondante et qui en font une arme au service de leur stratégie, et celles qui connaissent des difficultés de trésorerie. Les autres ont une culture «cash» insuffisante. Une impasse de trésorerie bien anticipée peut se gérer. Si elle est subie, elle peut en revanche mener l’entreprise à sa disparition.
Comment expliquer cette situation ?
Les raisons sont multiples. On peut citer l’accès relativement aisé au crédit jusqu’en 2008, la culture des dirigeants généralement plus orientée sur le résultat que sur le cash, le faible nombre de formations spécialisées dans le domaine de la trésorerie ou l’absence de contraintes externes imposant l’existence d’une fonction trésorerie dans les entreprises. Enfin, les connaissances élargies (financières, fiscales, juridiques, informatiques) et l’approche transversale, indispensables pour appréhender correctement la gestion de trésorerie, limitent le champ des ressources humaines disponibles pour ce métier.
{"title":"","image":"77389»,"legend":"STEPHANE NENEZ»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
Les investisseurs étrangers jouent contre les taux courts de la France
Face aux incertitudes budgétaires et politiques, les investisseurs étrangers, et probablement un peu les hedge funds, exacerbent la sensibilité des taux sur les Bons du Trésor français (BTF) à 6 mois. -
Apollo embarque Athora et l’Adic dans sa nouvelle machine à prêter européenne
Le gestionnaire américain lance European Credit Company, dotée de plus de 10 milliards d’euros de capacité de prêt, avec l’Adic, Athora, Norinchukin, Standard Chartered et une filiale de Temasek. -
Alphabet précède l’émission obligataire de Meta sur le marché euro
La maison mère de Google a réalisé lundi sa quatrième transaction obligataire sur le marché euro en un an et demi. Meta devrait suivre en dollar et en euro pour une transaction inaugurale sur six tranches.
ETF à la Une
BlackRock accélère le développement de sa gamme d’ETF obligataires actifs
- Les salariés des caisses régionales du Crédit Agricole obtiennent près de 2,2% d’augmentation
- La Société Générale fait son retour vers les futures
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- 2CRSI n’arrive pas à se remettre d’une attaque d’activiste
- La Société Générale poursuit sur sa lancée avec de nouveaux résultats records
Contenu de nos partenaires
-
Fight, fight, fightMidterms : pourquoi rien n'arrêtera Donald Trump
Perdre le Congrès rendra-t-il le président des Etats-Unis plus faible ? Rien n’est moins sûr. Son tempérament, ses leviers et l'absence d’enjeu électoral devraient plutôt l'encourager au combat -
Voie sans issue« Ils ne tiennent plus le manche » : le budget de Sébastien Lecornu s’enfonce dans l’impasse
Avec la stagnation de l’économie française, même le délicat scénario des ordonnances ne suffira plus à réduire le déficit à 5 % du PIB en 2027, malgré 43 milliards d’efforts. Bercy mise encore sur un accord de non-censure après un 49.3 -
EditorialLFI, le mensonge au quotidien
Les émules de Donald Trump ne sont pas toujours ceux que l’on croit