La politique dicte sa loi aux groupes européens d’énergie
Depuis des mois, Gérard Mestrallet, le président de GDF Suez, se plaint à l’envi de «l’insécurité réglementaire» qui règne en Europe. Pour la première capitalisation européenne du secteur de l’énergie, le discours est évidemment intéressé. Mais il reflète aussi une réalité économique indéniable. Selon les estimations d’Exane BNP Paribas, un quart de l’excédent brut d’exploitation (Ebitda) du secteur en Europe est soumis à un risque d’intrusion politique dans les mois à venir. Les dix plus grands groupes d’énergie européens génèrent environ 85 milliards d’euros d’Ebitda chaque année.
L’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima en mars 2011, puis l’aggravation de la crise des dettes souveraines et la succession d’élections nationales ont ainsi poussé les Etats à multiplier les interventions: création d’une taxe de plus d’un milliard d’euros sur le combustible nucléaire avant l’arrêt programmé de l’atome en 2022; taxe de 550 millions d’euros en Belgique; impôt dit «Robin des bois» en Italie… Et d’autres mesures devraient suivre.
En Espagne, le nouveau gouvernement réfléchit à la façon de combler le déficit de 5 milliards d’euros que devrait essuyer le régime électrique du pays en 2012. Selon le premier ministre, une hausse des tarifs n’est pas souhaitable. Ce qui ouvre la voie à une possible taxe sur les producteurs d’électricité.
En France, le nucléaire fait partie des thèmes de la campagne pour l’élection présidentielle. Des divergences existent entre les deux principaux candidats, mais dans un contexte de crise il est probable qu’ils se rejoignent sur la modération des tarifs, alors que dans le même temps plusieurs rapports jugent inévitable une hausse du coût de production du parc actuel de centrales nucléaires.
Selon les calculs de Citigroup, pour qu’EDF tienne son niveau de dette à moins de 2,5 fois Ebitda, il faudrait que les tarifs régulés de vente de l’électricité soient 3 à 3,5 euros plus chers par MWh que ceux prévus à l’horizon 2015. Cela provoquerait une hausse annuelle de 6% des tarifs, soit une augmentation de la facture moyenne des particuliers de 25 à 30 euros par an. «Politiquement impopulaire», reconnaît Citigroup. Ce risque se matérialise dans la chute de valorisation d’EDF, dont les deux tiers du bénéfice sont réalisés en France. La valeur d’entreprise du groupe représente aujourd’hui un peu plus de 4,5 fois l’Ebitda estimé pour 2012, 1,5 point de moins qu’il y a un an.
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