La guerre des changes menace la compétitivité des industriels européens
Bernard Arnault est l’un des premiers à s’en plaindre. «Une remontée de l’euro prévisible risque d’avoir un impact sur les affaires», a prévenu la semaine dernière le PDG et premier actionnaire de LVMH. Soutenue par les afflux de capitaux vers l’Europe, et les politiques de la Fed et de la Banque du Japon, la monnaie unique est repassée vendredi au-dessus de la barre de 1,36 dollar pour la première fois depuis novembre 2011.
Son appréciation est encore plus spectaculaire vis-à-vis du yen. Depuis novembre 2012, l’euro a repris quasiment 25% à la devise japonaise. C’est ce mouvement qui inquiète plus particulièrement le groupe de luxe dont 8% du chiffre d’affaires annuel est libellé en yen. Environ 85% de ses ventes japonaises sont bien couvertes contre le risque de change, sur un an glissant, à un cours de 102 yens pour un euro. Mais vendredi, le taux de change était à 126. Pour se couvrir un peu plus, LVMH a prévu d’augmenter ses prix dans l’archipel à compter du 15 février.
Avec la puissance de sa marque, le groupe de Bernard Arnault peut se permettre le luxe d’augmenter ses prix. Ce qui n’est pas le cas de tous les industriels qui exportent vers le Japon ou qui affrontent des groupes japonais sur d’autres marchés. La dépréciation du yen redonne en effet un coup de fouet à la compétitivité des industriels nippons. «De nombreux investisseurs ont tendance à sous-estimer l’effet potentiel négatif des changes sur la concurrence dans les pays tiers», s’inquiètent ainsi les analystes de Credit Suisse. Ils rappellent par exemple qu’un industriel peut couvrir ses ventes au Japon mais perdre dans le même temps des parts de marché précieuses ailleurs dans le monde, au Brésil par exemple, au profit des groupes nippons. Selon eux, des groupes comme Alstom, Technip, ABB, Siemens ou bien encore Philips sont sous le coup de cette menace.
Habituellement, les mouvements de changes se répercutent avec retard dans les résultats. La dépréciation des grandes devises vis-à-vis de l’euro devrait ainsi commencer à se faire sentir dans les comptes des deuxième ou troisième trimestres 2013 des groupes européens. Selon le modèle de Credit Suisse, une baisse de 10% du panier pondéré de devises par rapport à l’euro amputerait de 4% le bénéfice annuel des entreprises européennes. Cet effet pourrait toutefois être estompé par une reprise de la croissance économique mondiale, espèrent les analystes.
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