La charge de Safran sur les changes laisse le marché indifférent
La nouvelle, passée presque inaperçue, illustre les mésaventures de certaines multinationales exposées au dollar: l’équipementier d’aérospatiale et de défense Safran a passé dans ses comptes 2014 annoncés hier une charge de 1,92 milliard d’euros, qui a provoqué une perte nette de 126 millions. Cette charge est liée à la variation défavorable de la juste valeur du portefeuille de dérivés de change, destiné à couvrir les flux de trésorerie futurs contre la variation de la devise américaine.
Après la prise en compte des impôts différés de 717 millions, le renforcement du dollar face à l’euro en 2014 a amputé le résultat net de 1,17 milliard. Safran revendique un résultat net ajusté positif de 1,25 milliard d’euros l’année dernière, en hausse de 5% par rapport à 2013.
Les instruments de couverture ont été valorisés au cours d’un euro pour 1,21 dollar au 31 décembre 2014, contre un euro pour 1,38 dollar fin 2013, précise le groupe. Le cours spot moyen pour 2014 atteint 1,33 dollar, comme l’année précédente. Le groupe a maintenu inchangé sa parité couverte cible de 1,25 dollar pour un euro jusqu’en 2017. «Safran ne bénéficie pas de la faiblesse de l’euro compte tenu de sa couverture jusqu’en 2017», notent les analystes d’Oddo. En 2018, un nouveau cours cible a été fixé à 1,21 dollar.
La charge est toutefois «sans incidence sur la trésorerie», précise le groupe. «C’est la raison pour laquelle le marché n’a pas réagi à cette information d’un montant inattendu, indique un analyste. La charge pèsera pourtant sur les fonds propres du groupe, donc sur les fonds propres par action pour les années à venir.» Les investisseurs ne s’en sont pas offusqués: le cours de l’action Safran s’est apprécié de 4,24% en séance, pour terminer en hausse de 3,46% à 63,03 euros.
Le marché a salué les perspectives de croissance des revenus ajustés de Safran de 7% à 9% en 2015, pour une parité moyenne de 1,2 dollar pour un euro. Le groupe prévoit une hausse de son résultat opérationnel courant «légèrement supérieure» à 10% (à parité de 1,25 pour 1) et un cash flow libre situé entre 35% et 45% de celui-ci. Le carnet de commandes atteint un record de 64 milliards d’euros, grâce à 23 milliards d’euros enregistrés sur 2014.
Airbus, qui publie vendredi, pourrait aussi être affecté par le dollar. Mais le groupe européen est davantage attendu sur les charges liées au retard du programme A400M et un début d’année 2015 assez lent.
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