EDF confronté à la hausse inévitable de ses coûts de production en France
Loin de trancher le débat sur l’avenir du nucléaire en France, le rapport de 438 pages de la Cour des comptes sur «Les coûts de la filière électronucléaire» a le mérite de confirmer les récentes déclarations du président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) : les coûts de production de l’électricité nucléaire sont appelés à fortement augmenter dans les prochaines années pour maintenir la production au niveau actuel.
A la suite de ce rapport, le Premier ministre François Fillon a indiqué que «les choix sur la durée de fonctionnement des centrales nucléaires ou la construction de nouveaux réacteurs seraient précisés dans le cadre de la programmation pluriannuelle des investissements de production d'électricité élaborée à partir de l'été 2012». A ce stade, selon la Cour des comptes, l’option du prolongement de la durée de vie des centrales semble la plus plausible : plus rapide à mettre en œuvre, alors que la construction de nouvelles centrales prendrait des années, et financièrement plus acceptable.
Actuellement, les 58 réacteurs exploités par EDF en France ont été conçus pour fonctionner 40 ans. Ils sont d’ailleurs amortis sur cette échéance par le groupe. Le producteur souhaiterait augmenter de 20 ans leur durée de vie ce qui nécessiterait un doublement de ses investissements de maintenance sur cette période.
En tenant compte des évolutions de sécurité imposées après Fukushima, le groupe devrait investir 55 milliards en quinze ans, «ce qui ferait passer le rythme prévisionnel des investissements de maintenance à 3,3 milliards d’euros en moyenne sur les 15 prochaines années», indique la Cour des comptes, deux fois plus que ce que le groupe engageait ces dernières années. Selon elle, cela se solderait par une hausse de 10% du coût courant économique de production de l’électricité nucléaire, à 49,5 euros le MWh, bien au-delà des 35 euros actuellement fixé par la loi Nome.
Si EDF obtient du gouvernement que les prix de vente suivent ces coûts, le producteur pourra faire face à ce programme. Mais dans un contexte politique et électoral nourri, un décalage entre charges et prix risque de venir pincer dans la future marge du groupe. Une menace qui pèse clairement sur la valorisation d’EDF. Les analystes d’Exane BNP Paribas appliquent par exemple dans leur modèle une décote de 15%, soit 6,5 milliards d’euros, pour tenir compte du risque politique qui plane au dessus de l’électricien.
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