Dassault Systèmes joue son avenir dans les sciences de la vie
La rumeur circulait depuis la fin du mois d’avril. Dassault Systèmes a mis fin aux spéculations en annonçant mercredi avoir conclu un accord définitif en vue de l’acquisition de Medidata, éditeur de logiciels américain spécialisé dans les solutions à destination de la recherche médicale et coté au Nasdaq.
«La position de leader de Medidata dans les essais cliniques complète nos solutions pour les sciences de la vie», a avancé Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes. «La récente expansion de Medidata dans l’analyse des données réelles couplée à la puissance de la modélisation et de la simulation démontre la capacité des environnements virtuels à servir de catalyseur pour la prochaine génération de thérapies incluant le patient», a ajouté le responsable.
Si l’opération était pressentie par les investisseurs, suite aux récentes rumeurs de marché mais aussi du fait de la volonté affichée par Dassault Systèmes de renforcer ses positions dans le domaine des sciences de la vie, elle surprend par son envergure.
La transaction, dont la finalisation est attendue au quatrième trimestre, sera réalisée sur la base d’une valeur d’entreprise de 5,8 milliards de dollars, soit environ 5,1 milliards d’euros. Jamais Dassault Systèmes n’avait dépensé plus d’un milliard de dollars pour une acquisition.
Une cible dont la valorisation est exigeante
La réaction du marché à ce projet d’OPA est contenue. Mercredi, l’action Dassault Systèmes a reculé de 1,1% dans un marché baissier, à 134,95 euros, évoluant moins de 10% en dessous de son sommet historique inscrit à la fin avril. L’inquiétude, les interrogations, voire la déception dominent toutefois dans les rangs des investisseurs. Et ce, en dépit de la pertinence stratégique et industrielle de l’acquisition de Medidata au regard de sa forte complémentarité avec les activités de Dassault Systèmes.
Le prix fait ressortir des niveaux de valorisation plutôt élevés selon la plupart des analystes, avec un ratio valeur d’entreprise sur résultat opérationnel estimé pour 2019 autour de 40 pour Medidata, contre un multiple inférieur à 30 pour Dassault Systèmes.
Même si l’opération devrait avoir un effet positif sur le bénéfice net par action de Dassault Systèmes en 2020, elle aura un impact négatif sur les marges du nouvel ensemble. L’an passé, le résultat opérationnel de Medidata représentait 23,4% de son chiffre d’affaires, contre un taux de rentabilité de 31,9% pour Dassault Systèmes.
Des synergies seront bien au rendez-vous, mais Dassault Systèmes n’est pas encore en mesure de les estimer avec précision, renvoyant à la publication de ses résultats du troisième trimestre 2019 pour plus d’informations. «Les synergies seront à chercher au niveau du chiffre d’affaires, par combinaison des solutions des deux sociétés ou grâce à l’extension de nos marchés, et au niveau des coûts, par la mutualisation de nos efforts de R&D», s’est contenté de commenter Pascal Daloz, le responsable des affaires financières et de la stratégie du groupe.
L’endettement net, une situation nouvelle
L’acquisition de Medidata constitue, par ailleurs, «un gros morceau à avaler» pour l'éditeur de logiciels, estime Grégory Ramirez, analyste chez Bryan Garnier. La transaction devant être en large majorité financée par de la dette obligataire, «ce serait la première fois depuis que Dassault Systèmes est coté en Bourse - soit depuis 1996 - que l’entreprise serait en situation d’endettement net», constate l’opérateur. La dette nette du nouvel ensemble pourrait même approcher le seuil critique de 2 fois l’excédent brut d’exploitation, selon les calculs d’Invest Securities.
Les risques liés à l’intégration de Medidata sont loin d'être négligeables, la capacité de Dassault Systèmes à digérer une acquisition d’une telle envergure n'étant pas prouvée. «L'éditeur de logiciels français pourrait casser la dynamique de croissance de l’actif racheté, perdre la bonne perception du marché ou peiner à intégrer les solutions des deux entités sur une même plate-forme», prévient un analyste.
Autant de doutes que devra lever Dassault Systèmes dans les prochains mois s’il veut obtenir le soutien des investisseurs dans sa stratégie de développement dans les sciences de la vie. Selon Bernard Charlès, réputé pour ses qualités d’anticipation à long terme, ce marché dispose d’un potentiel au moins aussi important que celui des métiers historiques du groupe tels l’industrie ou l’automobile. Si ce rachat s’avère un succès opérationnel et que le marché finit par le saluer, nul doute que d’autres opérations de croissance externe se matérialiseront.
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