Canal+ se constitue un bastion pour résister à la révolution de la télévision connectée
Rodolphe Belmer, le directeur général de Canal+, en est persuadé: «la vague que la télévision va prendre (avec les télévisions connectées, ndlr) est la même que la presse a prise avec internet et qui l’a déstabilisée sur ses fondamentaux». L’irruption du groupe de chaînes à péage dans le monde de la télévision gratuite constitue une première barricade face à la nouvelle concurrence que feront bientôt peser les sites de vidéos à la demande, comme les américains Hulu ou Netflix, une fois qu’ils seront autorisés en France. «L’opération permet de constituer un groupe de télévision puissant et de mieux protéger le ‘core business’ de Canal +», appuient les analystes de Natixis.
En reprenant les deux chaînes de télévision du groupe Bolloré, Canal+ peut en effet espérer amortir ses coûts de production auprès d’un plus large public, alors que son budget annuel de 2 milliards d’euros est déjà nettement plus élevé que ceux de TF1 (950 millions) et de M6 (320 millions), rappelle Barclays. Sur la plage horaire 19h-20h30, durant laquelle Canal+ émet en clair avec des parts de marché de 7% à 8%, l’audience cumulée du groupe pourrait dépasser les 12%. Une stratégie implicitement saluée par Nicolas de Tavernost. Lors d’un colloque organisé par le Conseil supérieur de l’audiovisuel en avril dernier, le président du directoire de M6 reconnaissait que «la télévision n’a d’autre possibilité que d’offrir des marques fortes qui permettront de répondre au défi de l’hyper choix, en créant des nouvelles marques, des nouveaux programmes, des programmes forts».
Car dans le camp d’en face, les moyens sont considérables. Apple ou Google, qui développent chacun de leur côté des offres de télévision, affichent des capitalisations boursières plus de 100 fois supérieures à celle de TF1, rappelait récemment Nonce Paolini, le directeur général du groupe de télévision. Créé en 1997, Netflix, qui faisait initialement de la location de DVD, pèse déjà 11 milliards de dollars sur le Nasdaq. Sa capitalisation a quadruplé depuis 2010 alors que dans le même temps celle du câblo-opérateur Comcast ne gagnait que 25%. Le site de vidéos à la demande a même annoncé au printemps qu’il investira pour la première fois dans les programmes en achetant pour 100 millions de dollars la prochaine série produite par David Fincher.
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