Bouygues s’attaque aux lucratives positions de Free dans le fixe
Coup pour coup. Sonné par les attaques de Free Mobile dans la 3G puis dans la 4G, Bouygues Telecom a riposté en frappant là où cela fait le plus mal pour l’opérateur de Xavier Niel: l’accès fixe à internet, qui assure les deux tiers de son chiffre d’affaires. En promettant pour 2014 une offre triple play (téléphone, télévision et accès internet) 150 euros moins chère par an que celle de Free, Martin Bouygues s’attaque au cœur de son pire concurrent.
Iliad est de loin l’opérateur le plus rentable du marché français dans le fixe, avec une marge d’Ebitda estimée à 42% pour 2013. Celle-ci a d’ailleurs progressé ces dernières années, d’un peu plus de deux points, notamment grâce à une augmentation du prix du forfait mensuel, passé de 29,99 euros à 35,98 euros. D’ici à 2020, en partie grâce au déploiement de la fibre optique, la direction de Free estime que le niveau de marge pourrait encore augmenter d’environ 500 points de base.
En comparaison, la marge d’Orange, le numéro un français du fixe, était de 27,7% en 2012, mais le chiffre tient compte des offres de téléphonie fixe simple encore commercialisées par l’opérateur historique. Pour SFR, qui ne communique pas la différence entre fixe et mobile, la marge d’Ebitda dans l’ADSL est estimée par Kepler Cheuvreux à 19,5%. Un niveau proche de celle de Bouygues Telecom.
Résultat, Iliad devrait dégager environ 1 milliard d’euros de cash-flow opérationnel cette année selon Exane BNP Paribas, soit 5% de son chiffre d’affaires, de quoi financer les quelque 900 millions d’euros d’investissements, notamment dans le mobile.
En lançant une guerre tarifaire dans le fixe, Bouygues cherche à ouvrir une brèche dans ce modèle lucratif et vertueux. Le groupe a déjà lancé début novembre une offre fixe via sa marque «low cost» B&You, à 15,99 euros par mois. Mais celle-ci n’inclut pas d’accès à la télévision. La capacité de nuisance pour les autres opérateurs et pour Free était donc limitée.
Moins chère de 33%, et en attendant d’en connaître tous les contours, l’offre annoncée pourrait contraindre Free à ajuster à la baisse une partie de son parc de clients, comme les opérateurs ont dû le faire depuis l’arrivée de Free dans le mobile. La menace a été prise au sérieux. Vendredi, le cours d’Iliad a chuté de 10,37%, sa plus forte baisse depuis 2006, emportant avec lui un milliard de capitalisation boursière.
Plus d'articles du même thème
-
Boeing n’a pas surmonté tous ses obstacles dans l’aviation civile
S’il a réduit son endettement net à fin septembre, le groupe aéronautique peine toujours à augmenter le rythme de production de ses appareils monocouloirs 737 Max. -
Les salariés des caisses régionales du Crédit Agricole obtiennent près de 2,2% d’augmentation
Dans le sillage de la hausse collective accordée par BNP Paribas à la plupart de ses salariés, les banques régionales de la banque verte se montrent nettement plus généreuses que l’an dernier. -
Dans la tech, la dette ne s'envole pas chez tout le monde
Alors que la course à l’intelligence artificielle fait rage, la plupart des géants de la tech empruntent comme jamais dans leur histoire pour financer des investissements mirobolants. Par choix ou grâce à leur modèle, certains se montrent toutefois moins dispendieux.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Le taux souverain français dépasse 5%
- Les banques françaises restent très dépendantes de leur marché domestique
- Les autorités françaises publient leurs propositions sur le règlement européen MiCA
- La croissance d'Hermès ralentit et son titre plonge
Contenu de nos partenaires
-
Tout est pardonnéIran : les puissances régionales se débrouillent sans Donald Trump
De hauts représentants de l'Arabie saoudite, du Pakistan et de la Turquie se sont rendus ensemble à Téhéran pour dialoguer directement et ouvertement avec le régime iranien -
MitigéFrance 2030 : trop de subventions, pas assez de stratégie d'après la Cour des comptes
Les magistrats de la rue Cambon saluent la rapidité d'exécution du plan massif d'investissement en cours de déploiement, mais soulignent aussi ses défauts stratégiques -
Mauvais endroit, mauvais momentLoi casseurs-payeurs : la fin de l'impunité ?
Responsabilité collective, sanctions sur les prestations sociales, contrôle des contenus en ligne : la loi, examinée au Sénat, promet fermeté et autorité. Mais elle bouscule aussi la liberté de manifester