«Atos entend garder un dialogue constructif avec ses actionnaires»
L’entreprise de services numériques Atos a publié jeudi des résultats trimestriels meilleurs qu’attendu, renouant avec la croissance, avec un chiffre d’affaires de 2,82 milliards d’euros, en hausse sur un an de 1,1% hors effets de change et de 5,7% à taux de change constants. De quoi rassurer les investisseurs, après plusieurs mois chahutés pour le groupe coté. Atos clôturait jeudi en hausse de 14% en Bourse, à 10,37 euros l’action, alors qu’il a perdu 70% depuis le début de l’année. Atos assure en outre qu’il respecte le calendrier prévu pour mener à terme son projet de scission d’ici au second semestre 2023. Il prévoit de séparer ses activités en deux entités, ses activités historiques de services informatiques dans Tech Foundations, et celles du cloud, du digital et de cybersécurité dans un périmètre «Evidian». Le triumvirat composé de Diane Galbe (directrice générale adjointe), Nourdine Bihmane ( co-CEO en charge de Tech Foundations), Philippe Oliva (co-CEO en charge d’Evidian), arrivé depuis cet été, fait le point avec L’Agefi dans une interview.
L’Agefi : Vous avez renoué avec la croissance au trimestre dernier. Comment expliquez-vous cette performance saluée par le marché ?
Nourdine Bihmane : Ces résultats sont encourageants et témoignent d’une reprise rapide des activités de Tech Foundations. Nous avons une vraie résilience. Nos clients ne veulent pas nous voir disparaître car nous les accompagnons dans des domaines clés liés à leur transformation et à la migration vers le cloud (informatique dématérialisée).
Philippe Oliva : Les choses n’arrivent pas par hasard. Ce rebond est lié aux plans d’action que l’on a mis en œuvre. Mais ce n’était pas complètement donné au vu de la dynamique particulière du dernier semestre. Cela permet de montrer aux équipes que l’on est à nouveau sur les rails.
Diane Galbe : Cela redonne de la fierté aux équipes, alors qu’il y a eu des déceptions côté résultats depuis 6 à 7 trimestres. Le retour à la croissance revêt une dimension symbolique pour nous.
Le cloud souverain de confiance constitue un enjeu phare pour Atos. Préparez-vous des projets avec des géants de la Tech sur ce sujet ?
Nourdine Bihmane : Il est certain que le sujet de la souveraineté est critique - nous sommes en contact avec Microsoft, Amazon, et d’autres grands acteurs sur le sujet. Enjeux territoriaux, opérationnels, technologiques, ou en matière de données: Atos est présent sur ces quatre dimensions, ce qui n’est le cas d’aucun autre acteur européen. De plus, nous sommes un constructeur de serveurs haute-performance. Cela nous donne une source de crédibilité supplémentaire.
Les marques d’intérêt que vous avez reçues pour Tech Foundations et Evidian pourraient-elles vous détourner de votre projet de séparation ?
Diane Galbe : Ces marques d’intérêt sont une confirmation de la pertinence de notre projet de séparation et de la valeur stratégique de nos actifs, qui intéressent des tiers. Mais nous sommes pleinement mobilisés sur notre plan stratégique qui est notre scénario central, qui passe par une séparation du groupe afin que ce soit nos actionnaires et autres parties prenantes et non ceux de tel ou tel acheteur qui profitent pleinement de cette valeur stratégique.
Qui sera aux commandes d’Evidian, qui doit être coté au second semestre 2023 ?
Philippe Oliva : Je suis aujourd’hui entièrement dédié à mon mandat de co-CEO du groupe en charge du périmètre Evidian, et emploie toute mon énergie à la transformation et à l’accélération de la croissance et des marges de cette activité en vue de la création d’une entité juridique indépendante. La question de la future gouvernance n’est pas à l’ordre du jour aujourd’hui et relève de la décision souveraine du conseil d’administration, mais il est évident que je me projette au-delà d’un horizon de 12 mois.
Comment se déroulent vos échanges avec syndicats et salariés au sujet de la séparation ?
Diane Galbe : Nous avons lancé le 7 septembre le processus d’information et de consultation du comité d’entreprise européen d’Atos (SEC), conformément au calendrier du projet. En parallèle, le dialogue social a également été engagé au niveau local. La fréquence du dialogue social n’était pas menée à ce rythme auparavant ; nous essayons d’impulser un dialogue social différent.
Prévoyez-vous des suppressions de postes, en France notamment ?
Nourdine Bihmane : J’avais annoncé lors de la journée dédiée aux investisseurs, en juin, qu’il fallait ajuster notre structure de coûts. Nous avons une enveloppe de 850 millions d’euros de restructuration sur 5 ans pour la division Tech Foundations car il faut pérenniser cette activité. Il y aura des ajustements dans la taille des équipes sur les 5 ans à venir. Mais cette évolution sera bien distincte du plan stratégique de séparation du groupe.
Diane Galbe : Nous avons clairement annoncé qu’il n’y aurait pas de plan social en France.
Avez-vous eu de récents contacts avec les actionnaires minoritaires de Sycomore AM qui avaient demandé le départ d’administrateurs ?
Diane Galbe : Oui. Nous les avons déjà rencontrés cet été. Il y a eu une rencontre avec plusieurs de nos administrateurs, la semaine dernière. Et nous leur avons proposé de faire un point avec nous trois, pour parler de nos performances. Il est important d’avoir un dialogue ouvert avec l’ensemble de nos actionnaires.
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