ASML se rebiffe face aux pressions américaines sur la Chine
Surtout, ne parlez pas à Peter Wennink de nouvelles contraintes en matière d’exportations vers la Chine ! Alors que Washington - engagé dans un nouveau «Grand Jeu» séculaire face au rival chinois pour la maîtrise de l’échiquier mondial - envisage un nouveau tour de vis sur les technologies pouvant être vendues à l’industrie des semi-conducteurs chinoises, le PDG d’ASML Holdings ne cache plus son agacement.
Dans une interview au journal néerlandais NRC, le patron du leader mondial des machines de lithographie pour l’industrie des semi-conducteurs s’alarme même des nouvelles demandes américaines qui veulent limiter l’accès de technologies les plus récentes. Or, le géant néerlandais estime qu’il a déjà «assez abandonné» de terrain avec les restrictions existantes qui pèsent déjà sur ses ventes vers la Chine pour ses produits de pointe, notamment des machines de lithographie de pointe à ultraviolet extrême.
Le ton se fait en revanche plus accusatoire quand Peter Wennink pointe les parts de marché conquises en Chine par les acteurs américains des semi-conducteurs. Il remarque que le géant asiatique représente environ un quart de leurs ventes quand Pékin ne pèse que 15% de ses propres ventes. Avec le reproche quasi-explicite de favoriser leur propre industrie nationale des semi-conducteurs, moins en pointe par rapport aux offres d’ASML. Les Etats-Unis profitent-ils de leur diplomatie économique et technologique pour affaiblir un acteur européen ? Le reproche ne serait pas nouveau. Washington utilise de longue date le recours à l’extraterritorialité de son droit et les menaces d’embargo comme des armes assumées dans la concurrence économique mondiale.
En Bourse, en dépit de cette nouvelle menace de bras de fer, ASML a repris des couleurs depuis quelques mois. Certes, l’action abandonne 16% en 2022 mais elle se traite avec un plus haut depuis avril dernier. Mais la première capitalisation de la zone euro dans le domaine technologique a en revanche perdu de sa superbe face à ses concurrents sectoriels. Certes, l’action s’échange près de 32 fois le bénéfice escompté en 2022, avec une valeur d’entreprise de 25,6 fois l’Ebitda, selon Bloomberg. Mais de tels ratios de valorisation ne représentent plus que des primes de 62% et 78% face aux concurrents pour ces deux indicateurs contre des primes moyennes de 71% et 95% sur cinq ans.
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