Alstom est sur le fil du rasoir pour maintenir sa note en catégorie d’investissement
L’avertissement émis la semaine dernière par Alstom sur l’évolution de sa rentabilité et de son cash flow libre a fortement dégradé la perception des investisseurs crédit vis-à-vis du groupe. «Les CDS (crédit default swaps) d’Alstom se sont écartés de 35% en une semaine, sous-performant nettement notre indice des CDS du secteur industriel qui s’est écarté de 6%», relève Diana Allmendinger, directeur chez Fitch Solutions.
Ce renchérissement du coût de couverture d’Alstom contre un défaut de paiement a été d’autant plus marqué que l’avenir du groupe pourrait encore s’assombrir au Brésil. Alors que le spécialiste des équipements électriques et ferroviaires était déjà mis en cause dans une affaire de cartel avec Siemens dans ce pays, la justice brésilienne a selon Bloomberg ouvert une enquête sur d’éventuels pots-de-vin payés par le groupe à la fin des années 90, lors du renouvellement d’un contrat portant sur la fourniture de turbines destinées à des centrales électriques du métro de Sao Paulo.
La hausse des volumes d’échanges sur les CDS d’Alstom est un signe supplémentaire de l’incertitude grandissante du marché du crédit sur les perspectives financières du groupe. Selon l’indicateur de marché élaboré par Fitch Solutions, la probabilité qu’Alstom fasse défaut sur sa dette dans les 5 ans a doublé en quelques jours pour atteindre 10,7%, contre 5,05% avant l’alerte lancée par le groupe.
Avec un cash flow libre négatif désormais attendu sur l’exercice clos le 31 mars prochain, la dette nette pourrait s’élever à près de 3,5 milliards d’euros, contre 3,3 milliards à fin septembre. Craignant pour le groupe «des difficultés à se désendetter du fait d’avances sur projets plus faibles que prévu», Moody’s a dégradé vendredi dernier de «stable» à «négative» la perspective de la note «Baa3» du groupe, plus basse note de l’agence en catégorie d’investissement.
La note «BBB» attribuée par S&P est également compromise, selon le bureau d’analyse crédit de Natixis qui table sur une dégradation d’un cran à «BBB-». Pour éviter un abaissement supplémentaire qui placerait le groupe en catégorie spéculative, Alstom «devra annoncer rapidement des cessions d’actifs» et une baisse du dividende serait bienvenue, mais sur ce point «aucune annonce ne devrait être faite avant la publication des résultats annuels début mai», estiment ces analystes.
Plus d'articles du même thème
-
Boeing n’a pas surmonté tous ses obstacles dans l’aviation civile
S’il a réduit son endettement net à fin septembre, le groupe aéronautique peine toujours à augmenter le rythme de production de ses appareils monocouloirs 737 Max. -
Les salariés des caisses régionales du Crédit Agricole obtiennent près de 2,2% d’augmentation
Dans le sillage de la hausse collective accordée par BNP Paribas à la plupart de ses salariés, les banques régionales de la banque verte se montrent nettement plus généreuses que l’an dernier. -
Dans la tech, la dette ne s'envole pas chez tout le monde
Alors que la course à l’intelligence artificielle fait rage, la plupart des géants de la tech empruntent comme jamais dans leur histoire pour financer des investissements mirobolants. Par choix ou grâce à leur modèle, certains se montrent toutefois moins dispendieux.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Le taux souverain français dépasse 5%
- Les banques françaises restent très dépendantes de leur marché domestique
- Les autorités françaises publient leurs propositions sur le règlement européen MiCA
- La croissance d'Hermès ralentit et son titre plonge
Contenu de nos partenaires
-
Tout est pardonnéIran : les puissances régionales se débrouillent sans Donald Trump
De hauts représentants de l'Arabie saoudite, du Pakistan et de la Turquie se sont rendus ensemble à Téhéran pour dialoguer directement et ouvertement avec le régime iranien -
MitigéFrance 2030 : trop de subventions, pas assez de stratégie d'après la Cour des comptes
Les magistrats de la rue Cambon saluent la rapidité d'exécution du plan massif d'investissement en cours de déploiement, mais soulignent aussi ses défauts stratégiques -
Mauvais endroit, mauvais momentLoi casseurs-payeurs : la fin de l'impunité ?
Responsabilité collective, sanctions sur les prestations sociales, contrôle des contenus en ligne : la loi, examinée au Sénat, promet fermeté et autorité. Mais elle bouscule aussi la liberté de manifester