Air France-KLM devra rééquilibrer les pouvoirs
L’initiative unilatérale de l’Etat néerlandais, qui a annoncé mardi soir avoir acquis une participation de 12,68% (portée à 14% mercredi soir) au capital d’Air France-KLM dans le but de préserver ses intérêts nationaux, n’a en tout cas pas joué en faveur de l’action du groupe de transport aérien. Le titre a perdu jusqu’à 15% hier, pour clore la séance en baisse de 11,7%, à 11,2 euros.
L’opération «a porté préjudice à Air France-KLM et a suscité l’incompréhension totale des investisseurs», fulminait-on hier à Bercy, dont une source qualifie la montée au capital néerlandaise d’«à la fois très surprenante et inamicale».
L’arrivée ou le renforcement d’un Etat au capital d’une société cotée est rarement bien accueillie par les marchés et les autres actionnaires. A titre d’exemple, l’instauration des droits de vote double de l’Etat au capital de Renault en 2016 a considérablement tendu les relations avec les Japonais au sein de l’alliance Renault-Nissan ; elle explique en partie la fermeté des dirigeants de Nissan lorsqu’il s’est agi d’évincer Carlos Ghosn en novembre dernier.
«La méthode envoie un signal de tension, car le gouvernement français et le board de AF-KLM n’ont pas été informés. On peut y voir également que KLM rappelle aux investisseurs combien le management d’Air France a été incompétent depuis 14 ans», explique Jie Zhang, analyste pour Alphavalue. En outre, «la présence des Etats fait peser un risque réel sur le pouvoir opérationnel de Ben Smith [le nouveau directeur général d’Air France-KLM] et donc sur le groupe. L’entreprise devra rapidement éliminer ce doute».
Le courtier Bernstein note que la société se retrouve désormais avec trois groupes d’actionnaires aux intérêts différents : l’Etat français (14,3% du capital mais 22,7% des droits de vote), l’Etat néerlandais (qui s’est hissé au niveau de son homologue avec 14% du capital)) et les partenaires stratégiques d’Air France-KLM : Delta Air Lines et China Eastern Airlines, chacun détenant 8,8% du capital.
Effets déstabilisateurs
A court terme, l’intrusion néerlandaise pourrait déjà avoir des effets déstabilisateurs en retardant l’aboutissement des discussions entre les différents protagonistes. A Bercy, on indique ainsi que le protocole d’accord sur l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol, qui venait d’être finalisé, devrait «être mis de côté tant qu’une clarification n’aura pas été obtenue» sur les intentions de La Haye.
Selon Bercy, un dialogue entamé depuis plusieurs mois avait pourtant permis de satisfaire les revendications néerlandaises : la sauvegarde des intérêts de Schiphol (les Pays-Bas craignent un transfert vers Paris d’une partie des vols de KLM), le renouvellement de Pieter Elbers au poste de PDG de KLM et sa nomination comme directeur général adjoint d’Air France-KLM. Mais ces négociations ne se sont pas faites sans heurts, KLM devant accepter l’arrivée de Ben Smith, directeur général de la maison mère depuis l’été 2018, à son conseil de surveillance.
Mais à plus long terme, les actionnaires pourraient apprécier un rééquilibrage des pouvoirs. «Un retour de l’équilibre entre la France et les Pays-Bas ne peut être que bénéfique à moyen terme pour le groupe, d’autant plus que KLM est la partie la plus profitable. L’Etat néerlandais n’a pas acheté son ticket pour rester passif, ce qui in fine profitera à la gouvernance du groupe, donc aux investisseurs», indique Jie Zhang. En 2018, KLM a contribué à 80% du bénéfice opérationnel du groupe…
D’ailleurs, si le titre a chuté hier, il n’a fait que retomber à un niveau proche de celui qui précédait le ramassage des titres opéré par ABN Amro pour l’Etat néerlandais (lire par ailleurs).
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