Agrial va s’appuyer sur sa première émission obligataire pour accélérer ses acquisitions

Les 95 millions d’euros de dette placés auprès de CA Assurances permettront à la coopérative agricole de participer à la concentration du secteur
Olivier Pinaud

Les coopératives agricoles creusent le sillon des émissions obligataires par placement privé. Tour à tour, Sodiaal et Agrial ont profité cet été de l’émergence de ce nouveau marché en France pour lever respectivement 30 et 95 millions d’euros de dette obligataire. Une première pour ces deux groupes non cotés et détenus par leurs agriculteurs-adhérents.

«La maturité et le remboursement in fine de l’obligation sont plus adaptés au financement d’acquisitions que la dette bancaire amortissable, car cela laisse le temps de mettre en place les synergies et facilite le remboursement», explique Philippe Gallou, le directeur financier d’Agrial, la cooopérative caennaise, connue pour ses produits laitiers Elle & Vire ou ses cidres Loïc Raison.

Avec 444 millions d’euros de dette nette, dont une majorité pour financer le besoin en fonds de roulement lié à ses stocks de céréales, Agrial s’approchait des limites du crédit bancaire. Après une réflexion pour émettre sur le marché américain de l’US PP, la coopérative a finalement opté pour l’Euro PP, convaincue par le groupe Crédit Agricole, l’une de ses principales banques avec la caisse de Normandie.

Le placement a été organisé par CA CIB et entièrement souscrit par CA Assurances. Eric Felten, le directeur des entreprises du Crédit Agricole de Normandie, y trouve également son compte car «ces capitaux supplémentaires permettent de redonner une marge de manœuvre complémentaire en crédit bancaire. En outre, le financement étant apporté par CA Assurances, cela permet un retour des fonds de l’assurance vie vers les territoires».

Le financement permettra à Agrial de poursuivre sa politique d’acquisitions dans un contexte de concentration des grands acteurs du monde agricole français. Si le statut de coopérative est contraignant d’un point de vue financier, il offre l’avantage de pouvoir réaliser des fusions sur la base de la valeur comptable sans externalisation du «goodwill». La ligne obligataire cotée au Luxembourg pourrait être abondée par d’autres investisseurs.

«Nous allons poursuivre ce mouvement de désintermédiation. L’adoption des normes IFRS nous permettrait par exemple d’utiliser plus facilement ce financement et d’autres comme l’US PP», explique Philippe Gallou. Si besoin, la coopérative n’exclut pas d’ouvrir son capital à un partenaire afin de renforcer ses fonds propres.

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