Affaiblis par la crise, les groupes de déchets suscitent des intérêts

En s’emparant du néerlandais AVR, la holding chinoise Cheung Kong mise sur une reprise progressive de l’activité en Europe
Olivier Pinaud

Après l’eau et l'électricité, les déchets. AVR, la société d’incinération de déchets, filiale du groupe néerlandais Van Gansewinkel Group contrôlé par CVC et KKR, est en passe d’être rachetée par le consortium d’investisseurs chinois mené par Cheung Kong Holdings, la holding de l’homme d’affaires Li Ka Shing.

Il s’était déjà emparé mi-2011 du groupe de distribution d’eau britannique Northumbrian Water pour 3,9 milliards de dollars et du producteur d'électricité Wales & West Utilities en 2012. L’opération sur AVR porte sur 944 millions d’euros, dont environ 430 millions seront financés par un crédit bancaire en cours de syndication.

Cette nouvelle incursion de Li Ka Shing dans les «utilities» en Europe intervient alors que le secteur souffre durablement de la crise économique. La chute de l’activité industrielle se ressent directement sur les volumes de déchets ou la consommation d’eau et d’électricité des industriels. Suez Environnement, l’un des plus importants groupes de collecte et de traitement des déchets en Europe, a récemment indiqué que le volume d’activité de sa division européenne avait connu en avril une baisse proche de celle du premier trimestre, soit 4,4%. Et selon les déclarations de son directeur général, Jean-Louis Chaussade, lors de l’Euroseminar d’Exane BNP Paribas, la reprise réelle du secteur ne devrait pas intervenir avant 2015.

Même si le marché néerlandais est considéré comme l’un des plus concurrentiels de l’Europe, les analystes de JPMorgan estiment que Li Ka Shing mise justement sur une remontée progressive des volumes. Sans compter que les difficultés actuelles de nombreux acteurs, parmi les plus petits, vont pousser à la fermeture d’infrastructures afin de réduire les surcapacités. La possibilité de traiter les déchets de pays voisins devrait également contribuer à accroître les taux d’utilisation des usines et leur rentabilité.

D’où, selon JPMorgan, le prix payé par Cheung Kong Holdings pour s’emparer d’AVR, dont l’activité repose sur des contrats à long terme. Le montant de 944 millions d’euros représente 8,7 fois l’Ebitda 2012 du groupe néerlandais et 13,5 fois son PER. Un niveau élevé mais qui démontre la confiance du holding chinois qui a l’habitude d’attendre des taux de retour sur investissement de 12,5% à 13%.

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