Actavis profite de l’appétit des investisseurs pour le rendement

En dépit de sa notation, le laboratoire américain a pu obtenir des marges particulièrement serrées pour son émission obligataire multitranche.
Antoine Landrot

L’opération en dit long sur l’état d’esprit qui anime actuellement les investisseurs de dette. L’émission obligataire multitranche mise en place par le laboratoire pharmaceutique américain Actavis pour financier partiellement l’acquisition d’Allergan a rencontré une demande exceptionnelle: les banques qui ont organisé l’opération (JPMorgan, Mizuho et Wells Fargo) ont reçu plus de 90 milliards de dollars d’ordres lundi et mardi, alors qu’Actavis n’a prévu d’émettre que 21 milliards, soit la deuxième plus importante émission de dette au monde pour une entreprise non financière.

L’incongruité vient du fait que le laboratoire n’est noté qu’un cran au-dessus de la catégorie spéculative (ou high yield) par les agences de notation. Dix-huis mois plus tôt, Verizon avait certes battu tous les records en enregistrant plus de 100 milliards de dollars de demande, pour son émission géante de 49 milliards: mais l’opérateur télécoms était noté deux crans de mieux.

Qui plus est, les marges obtenues par Actavis sont encore plus faibles que celles de Verizon. En 2013, ce dernier offrait un rendement de 2,25 points de pourcentage supérieur aux bons du Trésor américain à 10 ans (soit un taux de 5,2% à l’époque). Actavis a lui obtenu un spread (écart) de 1,75 point pour sa tranche à 10 ans – soit un coupon de 3,84%.

Les banques du laboratoire ont profité de la demande pour réduire les marges de l’ensemble des tranches: elles ont ainsi obtenu une baisse de 25 pb pour la tranche à 10 ans. Elles ont réduit les marges de 10 à 20 pb pour les maturités courtes (entre 18 mois et 5 ans) et de 20 à 25 pb pour les échéances supérieures (de 7 à 30 ans). En outre, la demande a permis d’ajouter une dixième tranche – à taux variable à 5 ans.

La performance d’Actavis est d’autant plus remarquable qu’il subissait la concurrence de six autres émissions d’entreprises de catégorie investment grade – dont l’émission de 7 milliards de dollars d’Exxon Mobil, noté... AAA.

La faiblesse persistante des taux directeurs des principales économies de l’OCDE pousse les investisseurs à regarder toujours plus bas dans l’échelle de la solvabilité des émetteurs, dans l’espoir de trouver du rendement. Des gérants ont ainsi remarqué que l’opération avait mobilisé toutes les familles d’investisseurs, y compris ceux qui privilégient la gestion du passif, comme les assureurs. Les flux de trésorerie d’Actavis sont jugés solides, crédibilisant sa capacité à assumer ses remboursements.

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