À l’AG de TotalEnergies, cumul des pouvoirs et convergence des luttes
Patrick Pouyanné est un patron à poigne. Un peu trop au goût d’une vingtaine d’investisseurs, qui mènent campagne pour scinder les fonctions du PDG de TotalEnergies. Ils veulent soumettre leur proposition à un vote consultatif des actionnaires à l’assemblée générale du 24 mai.
Voilà donc relancé le vieux débat sur la dissociation entre présidence et direction générale. Réputée plus vertueuse, assumée par l’Etat actionnaire dans ses participations, la pratique se généralise sans pour autant être imposée par le code de gouvernance Afep-Medef. Plus des deux tiers des sociétés du SBF 120 l’appliquent désormais, contre 51% en 2017, selon le baromètre annuel d’Ethics & Boards. Le départ d’un patron emblématique en fournit souvent l’occasion. La règle souffre néanmoins des exceptions : Publicis vient d’abandonner sa structure à directoire et conseil de surveillance pour rassembler les pouvoirs dans les mains d’Arthur Sadoun. Et des entreprises à PDG peuvent être très créatrices de valeur pour l’actionnaire, à l’image de LVMH. En matière de bonne gouvernance, rien ne remplace la qualité des dirigeants et le courage des administrateurs.
Le constat vaut en France comme aux Etats-Unis. Les «cumulards» Larry Fink et Jamie Dimon, qui ont fait de BlackRock et de JPMorgan les numéros un de leur secteur, voient, eux aussi, leur magistère contesté par des actionnaires minoritaires. Chez les géants américains de la finance, comme chez TotalEnergies, la demande de dissociation des fonctions sert en fait à appuyer une autre revendication, celle d’une stratégie climat plus ambitieuse. Faute de parvenir à leurs fins grâce au vote de résolutions climat - le fameux say on climate -, les investisseurs actionnent un levier auquel les dirigeants d’entreprises se montrent naturellement plus sensibles, pour faire avancer la cause de la transition verte. Une forme de convergence des luttes.
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