«Un écart très important entre la rentabilité du capital-risque en Europe et celle aux Etats-Unis»
Article original : «Venture Capital Performance : The Disparity between Europe and the United States»
Chaire / Equipe de recherche : Chaire in Corporate Finance (Fédération bancaire française)
En quoi la comparaison des performances européennes avec celles américaines dans le «venture» pose-t-elle problème ?
Depuis que le capital-risque existe en Europe, les associations professionnelles ont toujours constaté une faible performance du secteur et notre étude, qui porte sur la période 1997 à 2003, confirme qu’il y a un écart très important entre la rentabilité du capital-risque en Europe et celle aux Etats-Unis. L’analyse de ce phénomène n’avait jamais été menée en profondeur, les chiffres étant difficiles à obtenir. Souvent évoquée, la moindre expérience des investisseurs en Europe n’explique qu’en partie le phénomène : comparés à leurs pairs américains, les Européens investissent plus timidement et leurs interventions semblent moins réactives et moins efficaces. De surcroît, ils s’associent moins facilement dans un syndicat. Or, la variété des conseils et compétences au sein d’un syndicat de capital-risqueurs peut constituer une source de valeur importante.
Y a-t-il d’autres raisons à la sous-performance ?
L’Europe souffre du faible nombre de pôles spécialisés dans le capital-risque, les «clusters», qui rassemblent toute une chaîne d’activité liée à l’innovation, depuis les instituts de recherche jusqu’au marché du travail local pour les start-up. Ces zones de concentration permettent de brasser les idées et les techniciens, de développer des synergies, à l’instar de ce qui se passe dans la Silicon Valley ou la région de Boston. En Europe, quelques régions telles que celle de Cambridge pour les biotechs, ou en France les régions parisienne et Rhône-Alpes, jouent ce rôle mais dans des proportions limitées. Le transfert de connaissances des universités et des organismes de recherche est vital mais toujours trop peu développé.
Dans une moindre mesure, la mentalité des entrepreneurs européens et des chercheurs est en cause : les fondateurs de jeunes pousses ne sont pas suffisamment prêts à prendre des risques ni à accepter, quand il le faut, l’intervention d’un conseil extérieur, quitte à se mettre de côté en tant que managers.
Quelle évolution peut-on espérer ?
L’Europe subit un effet d’inexpérience, le capital-risque n’y ayant vraiment démarré qu’à partir de 1995, pour être ensuite très vite amoindri par l’éclatement de la bulle internet. Je suis donc optimiste à l’égard d’une sophistication croissante du secteur. Les capital-risqueurs européens ont tendance depuis quelques années à changer leurs relations contractuelles avec les entreprises, de manière à pouvoir rapidement prendre le contrôle aux premiers signes de troubles. Les résultats des secteurs européens et américains devraient finir par converger.
Plus d'articles du même thème
-
BNP Paribas et Caceis veulent sortir du métier des services aux émetteurs
Les deux banques sont entrées en négociations exclusives pour céder Uptevia à Euroclear. Elles avaient mis en commun leurs activités dans cette coentreprise en 2023. -
Nest est prêt à miser gros sur le capital-risque
Alors que la réforme des pensions britanniques incite les institutionnels à recentrer leurs investissements au Royaume-Uni, le plus important fonds de pension britannique envisage de quasi-doubler ses investissements dans le capital-risque. -
Chargeurs privilégie une offre de rachat d’actions au versement d'un dividende exceptionnel
Le conglomérat familial compte lancer une offre publique de rachat d’actions (OPRA) au prix de 14 euros par action, soit près du double du cours avant l’annonce.
ETF à la Une
Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
- La nouvelle hausse du Livret A coûtera plus de 800 millions d’euros aux banques
- La Corée, un tigre asiatique qui commence à vieillir
- Christine Lagarde pourrait quitter la BCE plus tôt que prévu à cause de la présidentielle française
- Les actions coréennes approchent du bear market
- L’éthique algorithmique s’imposera bientôt au secteur financier
Contenu de nos partenaires
-
François-Noël Buffet proposé au poste de Défenseur des droits : pourquoi ça coince ?
Emmanuel Macron a proposé de nommer le sénateur LR au poste de Défenseur des droits pour succéder à Claire Hédon. Mais ses positions passées contre le mariage homosexuel ou la PMA crispent la gauche et le monde associatif. -
860 millions d'euros d'économies pour la France : l'Europe revoit les règles du chômage des frontaliers
Le Parlement européen a voté en faveur d’une révision des règles sur l'indemnisation du chômage des travailleurs frontaliers : à présent, c’est le pays du dernier emploi qui versera les allocations chômage des frontaliers, et non plus le pays de résidence. Une victoire pour la France -
Le projet de loi sur la justice criminelle vers une adoption définitive, sans le « plaider coupable »
Députés et sénateurs ont trouvé mercredi matin un accord sur le projet de loi sur la justice criminelle. Le texte porté par Gérald Darmanin devrait donc être adopté définitivement malgré l'examen d'une motion de rejet venue de la gauche