Les perspectives d’inflation divisent les gouverneurs de la BCE
Inflation temporaire ou changement de régime ? La question divise les gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). Certains d’entre eux ont estimé lors de la réunion de politique monétaire du 16 décembre que l’inflation élevée pourrait durer plus longtemps que prévu, selon le compte rendu de cette réunion, publié jeudi. Les «minutes» soulignent ainsi les tensions au sein de l’institution sur sa politique monétaire et ses projections économiques.
«Les modèles calibrés sur des données pré-pandémiques pourraient ne pas être bien adaptés à la prise en compte de changements structurels majeurs ou d’un passage potentiel d’un régime d’inflation faible à un régime d’inflation élevée», ont estimé certains gouverneurs. «Face à un tournant potentiel dans les perspectives d’inflation», ces «faucons» ont jugé «primordial de prêter une attention particulière aux signaux opportuns provenant de l'économie réelle, notamment ceux des entreprises et des responsables de la fixation des salaires, plutôt que de se fier principalement aux modèles et aux tendances passées».
A l’issue de sa réunion de la mi-décembre, la BCE avait annoncé qu’elle mettrait fin à son programme d’achats d’urgence pandémique (PEPP) en mars, afin de réagir au niveau élevé de l’inflation et à la normalisation de la situation économique malgré les incertitudes associées à la crise sanitaire. Elle avait néanmoins annoncé une hausse temporaire de son programme régulier d’achats d’actifs (APP), afin d'éviter l’impact d’un arrêt brutal du PEPP sur le marché obligataire.
La BCE avait aussi nettement relevé sa prévision d’inflation pour la zone euro. La banque centrale avait indiqué tabler sur un taux d’inflation annuel de 3,2% en 2022, contre une prévision de 1,7% annoncée en septembre. En 2023 et 2024, les hausses de prix devraient être limitées à 1,8% par an, un seuil inférieur à l’objectif de 2% de la BCE qui peut ainsi justifier le maintien d’une politique monétaire accommodante.
Conserver la flexibilité nécessaire
Mais selon les minutes, certains gouverneurs ont averti qu’un «scénario d’inflation ‘plus élevée pendant plus longtemps’ ne pouvait être exclu». Pour 2023 et 2024, l’inflation «pourrait facilement dépasser 2%», a-t-il été indiqué au cours de la réunion. «Il a été jugé important de conserver la flexibilité nécessaire pour agir de manière décisive afin de maintenir l’ancrage des anticipations d’inflation dans les deux sens, et donc de préserver également la crédibilité du Conseil des gouverneurs», ajoute le compte rendu.
«Le Conseil des gouverneurs devrait donc clairement faire savoir qu’il est prêt à agir si les tensions sur les prix se révèlent plus persistantes et si l’inflation ne tombe pas en dessous de l’objectif aussi rapidement que le prévoient les projections de base», selon les propos rapportés dans les minutes.
Malgré ces dissensions, une large majorité de gouverneurs a approuvé le package de mesures annoncé en décembre, rappellent les économistes de JPMorgan. Cette majorité pourrait s’effriter si l’inflation devait rester à des niveaux élevés compte tenu des tensions sur l’offre, au lieu de «baisser graduellement au cours de l’année» comme l’a estimé jeudi la présidente de la BCE Christine Lagarde. «Les preuves d’un changement de régime d’inflation apparaîtront progressivement au cours de l’année à venir, ce qui donnera un coup de fouet au débat à la BCE, note Greg Fuzesi, économiste chez JPMorgan. Ce n’est pas tant que la BCE sera surprise à la hausse, mais que le simple suivi de ses prévisions rendra l’orientation actuelle de la politique monétaire de plus en plus inadaptée à l'équilibre des risques d’inflation à moyen terme.»
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