Les investisseurs demeurent méfiants sur la dette émergente
L’écart entre les obligations investment grade et high yield est à un sommet de plus de 20 ans.
Publié le
Xavier Diaz
Le plus pénalisant pour les pays émergents est la correction de leur devise.
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Crédit Thinkstock.
Et si la dette émergente profitait du resserrement monétaire de la Fed. Par le passé, dans ces phases de marché, ces obligations se sont plutôt bien comportées. Au cours des trois derniers cycles de hausse des taux, leurs spreads se sont resserrés de plusieurs centaines de points de base (pb) entre le premier et le dernier relèvement (-200 pb entre 2015 et 2017).
Ce resserrement intervient généralement après un fort réajustement des dettes émergentes, ce qui a été le cas ces dernières semaines. Les investisseurs s’inquiètent du financement qui devient plus difficile notamment en dollar. Mais plus que la hausse du billet vert, le plus pénalisant pour les pays émergents est la correction de leur devise. Au resserrement monétaire s’est ajouté le conflit en Ukraine et sa conséquence sur les prix des matières premières et le risque sur la croissance mondiale. JPMorgan AM a revu en baisse sa prévision économique pour cette année à 4,5% soit un différentiel de 1 point par rapport aux pays développés.
Appétit limité des investisseurs
La classe d’actifs a aussi corrigé pour des questions de valorisation. Le spread des dettes souveraines en monnaie forte passant de 340 points de base (pb) à 520 pb au pic avant de revenir à 400 pb. «Le plus frappant est le creusement à des niveaux extrêmes de l’écart de rendement entre les obligations investment grade (IG) et high yield (HY) à 550 pb», relève Luc D’hooge, responsable de la gestion dette émergente chez Vontobel. Le spread n’avait pas été aussi large depuis la crise asiatique de la fin des années 1990 (hors crise récente du Covid). Ce spécialiste voit dans cet écart un indicateur de l’appétit actuellement limité des investisseurs pour les actifs émergents mais estime que le spread ne devrait pas pour autant être aussi élevé.
Contrairement aux pays développés, la plupart des banques centrales des pays émergents ont agi très tôt face au risque inflationniste et anticipé le resserrement des politiques monétaires occidentales. «Cet ajustement les aide. Elles n’ont plus trop à agir désormais», estime Luc D’hooge. L’impact de la hausse des prix des matières premières sur les balances courantes est négatif pour bon nombre de pays mais de façon modérée et en revanche fortement positif pour les exportateurs d’hydrocarbures. Le gérant estime que si cette inflation des coûts de l’énergie et des produits alimentaires peut créer des tensions, c’est probablement reflété dans les prix. L’endettement lié au Covid a augmenté mais dans une moindre mesure que dans les pays développés. «Le problème pour les émergents est que le marché s’inquiète davantage car la capacité de ces pays à s’ajuster est moins grande», indique Luc D’hooge.
Plusieurs défauts ces derniers mois
«Les facteurs idiosyncratiques exacerbent ce différentiel, ajoutent les stratégistes de Goldman Sachs. La part des émetteurs souverains ‘distressed’ est supérieure à avant la crise du Covid.» Plusieurs pays ont fait défaut ces derniers mois, le Sri Lanka étant le dernier. Mais les facteurs spécifiques au HY ne sont qu’une partie de l’équation. Cet écart serait aussi dû au bon comportement des dette IG, moins sensibles aux fondamentaux et plus favorisées par les politiques monétaires expansionnistes. La normalisation de ces politiques devrait aider à un resserrement de l’écart. Mais il pourrait être minime, selon Goldman Sachs qui s’attend à une poursuite de la hausse des spreads EM à 430 pb avec une plus forte contribution de l’IG (+35 pb contre +25 pb pour le HY).
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