Les espoirs d’éviter la récession sont douchés en Allemagne
Les obstacles s’accumulent pour l’économie allemande. Alors que les publications semestrielles des banques et des entreprises nationales ont jeté un premier pavé dans la mare sur les conséquences de la crise énergétique et du faible niveau du Rhin, le peu d’espoir de croissance pour le deuxième semestre 2022 semble s'être totalement dissipé chez les économistes. « Une récession de l'économie allemande était déjà notre scénario de base au début de l'été. Les prix élevés de l'énergie et des matières premières, les frictions persistantes dans la chaîne d’approvisionnement et la guerre en Ukraine en étaient les raisons. (…) Avec la nouvelle taxe sur le gaz et l’impact des faibles niveaux d’eau, les taux d’inflation à deux chiffres semblent presque acquis pour le dernier trimestre de l’année et il faudrait un miracle économique pour éviter une récession au second semestre», juge dans une note Carsten Brzeski, économiste chez ING.
En conséquence, la banque néerlandaise a révisé sa perspective de croissance pour l’ensemble de l’année dans une fourchette comprise entre 0,5% et 1%. Début juin, la Bundesbank a abaissé sa prévision de croissance pour cette année à 1,9% au lieu des 4,2% attendus fin 2021, quelques jours après avoir prévenu que l’économie allemande pourrait se contracter de 2% si le conflit en Ukraine s’intensifiait avec un embargo sur l’énergie russe. Depuis, l’indicateur du climat des affaires s’est fortement dégradé pour atteindre 88,6 en juillet selon l’institut d'études économiques Ifo, contre 92,3 en mai, et l’indice PMI composite a reculé au plus bas depuis juin 2020 à 48 en juillet. Ces scénarios de dégradation interviennent alors que l’inflation a enregistré une accélération inattendue à 8,5% sur un an en juillet, après 8,2% en juin. Et la vision des investisseurs n’est pas plus optimiste : l’indicateur ZEW du sentiment des investisseurs allemands sur les perspectives économiques a encore légèrement diminué à -55,3 en août alors qu’il était attendu stable sur un mois à -53,8.
Crise énergétique
Berlin subit notamment les risques d’une crise énergétique sans précédent. En riposte aux sanctions occidentales à la suite du conflit en Ukraine, la Russie a diminué largement ses exportations de gaz, à tel point que le gazoduc Nord Stream 1 ne fonctionne qu’à 20% de ses capacités à l’heure actuelle. Selon une note d’Allianz, l’approvisionnement en provenance de Russie représentait encore un peu moins de 40% de la consommation totale de gaz en Allemagne en mars 2022. Pour pallier ce manque, qui pourrait encore augmenter et aboutir à une pénurie d’environ 15% pour le pays, le patron de l’agence fédérale des réseaux (BNA) Klaus Müller a annoncé en fin de semaine dernière que l’Allemagne devrait baisser sa consommation de gaz de 20% pour éviter une crise énergétique cet hiver. En outre, Berlin a mis en place une nouvelle taxe sur le gaz pour les ménages et les entreprises, fixée à 2,4 centimes d’euro par kilowattheure, qui entrera en vigueur en octobre et devrait entraîner un coût supplémentaire d’environ 500 euros par an pour un ménage de quatre personnes.
Déjà, les prix s’envolent. Le groupe russe Gazprom a déclaré mardi que les prix du gaz en Europe pourraient augmenter de 60% pour dépasser 4.000 dollars (3.946,94 euros) les 1.000 mètres cubes cet hiver. Le prix de référence de l'électricité en Europe a par ailleurs dépassé 500 euros pour la première fois le même jour, atteignant même 508 euros le mégawattheure en Allemagne sur l’European Energy Exchange, soit une hausse de 500% sur un an. «Les taux d’inflation encore élevés et les coûts supplémentaires attendus pour le chauffage et l’énergie conduisent à une diminution des prévisions de bénéfices pour le secteur de la consommation privée», analyse Michael Shroeder, chercheur à l’institut ZEW.
Le niveau du Rhin «ne change pas la donne»
La hausse du prix est aussi soutenue par la sécheresse qui assèche les rivières et complique l’acheminement de matières premières, amenant les énergéticiens à délaisser le charbon pour le gaz. Le niveau du Rhin, qui représente environ 80% du transport fluvial de marchandises en Allemagne, est ainsi descendu en dessous des 40 centimètres en fin de semaine dernière, le seuil minimal pour la majorité des navires. Un risque non négligeable pour l’ensemble de l’économie allemande : 6% du transport total de marchandises utilisent les voies navigables intérieures. Selon les analystes de Barclays, le niveau devrait rester sous les 78 centimètres, considéré comme le niveau bas pouvant entraîner des complications, durant environ 33 jours, contre une moyenne de 10 jours par an lors des 10 dernières années, provoquant une baisse de 0,2 point de pourcentage sur la croissance du PIB au troisième trimestre. Le faible niveau du Rhin ne devrait donc «pas changer la donne» malgré les conséquences économiques négatives, concluent les analystes de Barclays, qui s’inquiètent plutôt de la coupure de gaz russe.
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