«Les entreprises sous LBO créent plus d’emplois»
Article original : «Job Creating LBOs»
Chaire / Equipe de recherche : HEC Paris et CEPR (Londres)
Vous avez publié récemment une étude sur les «apports des leveraged buy-out (LBO) dans l’économie française» : comment est née l’idée ?
Des universitaires américains (Kaplan, Lichtenberg et Siegel, Baghat...) avaient déjà étudié l’impact des LBO sur l’emploi dans les entreprises dans les années 80. Nous avons étendu, avec le soutien du World Economic Forum qui souhaitait aller au-delà des chiffres (déclaratifs) des associations professionnelles, l’analyse à une période plus récente en France. Les études américaines concernaient une époque de restructurations sur des industries mûres, souvent accompagnées de réductions de coûts et d’activités. Depuis, les fonds ont plutôt sélectionné des entreprises moins développées et créé de la valeur en accélérant leur croissance. Particulièrement dans les pays européens, où de nombreuses sociétés encore dirigées par la famille fondatrice offrent des possibilités d’optimisation et des perspectives de croissance.
Avez-vous rencontré des problèmes méthodologiques ?
Sur la période 1994-2004, assez difficile pour l’accès au crédit et aux financements extérieurs, nous avons identifié 830 entreprises françaises «sous LBO», c’est-à-dire ayant comporté un changement total d’actionnaires avec l’arrivée d’un fonds et l’usage de l’effet de levier. Nous avons aussi élaboré un large échantillon d’entreprises comparables. L’un des problèmes aurait pu porter sur les départements de grands groupes qui, avant un LBO, intègrent parfois plus d’actifs et d’emplois qu’il n’y paraît : cela ne semble pas, finalement, avoir faussé les chiffres après coup.
Quelles sont les grandes conclusions de cette étude ?
Nous avons mesuré les performances de ces entreprises - sur trois ans avant le LBO et au moins trois ans après - afin de les comparer donc à un groupe d’entreprises similaires. Notre étude conforte l’idée d’une croissance de la profitabilité post-transaction (de l’ordre de 600 points de base). Les sociétés «sous LBO» tendent aussi, sur la période, à progresser significativement plus que les autres entreprises comparables en termes d’emplois (+13%), d’actifs (+11%) et de revenus (+13%). Avec une croissance le plus souvent organique, également plus rapide et sans plus de risques de faillite, quel que soit le contexte social ou économique. L’explication ? Les fonds se sont substitués, davantage dans l’Hexagone qu’ailleurs, à des marchés de capitaux assez réduits... L’étude montre ainsi que les ex-entreprises familiales progressent plus que les ex-départements de grands groupes qui n’avaient pas de problèmes de financement particuliers. Le LBO facilite, d’une certaine manière, l’accès au crédit et devient un moteur pour de nombreuses PME.
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