Les chambres de compensation prennent les devants sur la résolution
Le bras de fer entre banques et infrastructures est-il en train de se rejouer sur le terrain de la résolution? Il est un peu tôt pour le dire, la Commission européenne n’ayant pas encore dévoilé ses projets en la matière. Mais déjà, les chambres de compensation tentent de se prémunir contre tout ce qui pourrait, au nom des risques systémiques qu’elles portent, remettre en cause leur business model et augmenter leur exposition au risque opérationnel en cas de défaut d’une contrepartie.
Dans un nouveau papier publié la semaine dernière, l’European Association of CCP Clearing Houses (EACH) s’en prend à l’idée de créer un «fonds européen de résolution» cofinancé ex ante par les chambres, sur le modèle bancaire. L’idée d’un tel fonds est pourtant caressée par les grandes banques présentes sur les marchés de dérivés et réunies au sein de l’Isda. Cette mutualisation est présentée comme alternative à l’option, privilégiée par le Conseil de stabilité financière (FSB), consistant à pratiquer des «haircuts» (décotes) sur les appels de marges. Une sorte d’équivalent du «bail-in» dont le coût serait directement supporté par les contreparties.
EACH insiste avant tout sur la multitude de remparts déjà mis en place. Outre les appels de marge mobilisés en cas de faillite d’une contrepartie, le règlement Emir impose à l’opérateur de la chambre de consacrer un minimum de 25% du capital réglementaire à la couverture d’un risque de défaut… avant même de ponctionner le «fonds de défaut» de la chambre. Les banques suggèrent d’ailleurs d’augmenter cette participation de la chambre en la rendant proportionnelle à la taille du fonds de défaut et non du capital. Le sujet sera sur la table lors de la révision d’Emir sur laquelle une consultation est en cours jusqu’en août. Troisième option: la ponction d’une partie des gains sur les marges variables qui, elle, affecterait plutôt les investisseurs.
La probabilité d’en arriver à une résolution est très faible. Mais en définitive, «la question est de savoir, en cas de difficulté extrême, quels seront les outils disponibles et l’impact qu’ils auront sur les utilisateurs de la CCP -la sell side et la buy side- et sur la CCP elle-même», résume le secrétaire général de EACH Rafaël Plata.
La Commission, dont ce sera la première grande initiative réglementaire depuis l’arrivée de Jonathan Hill en charge des services financiers, multiplie les consultations depuis deux ans. Sa proposition est désormais attendue pour l’automne.
Plus d'articles du même thème
-
La ruée vers le Luxembourg grippe les ouvertures de contrats d’assurance-vie
Suscitant un attrait croissant auprès des épargnants français, l’assurance-vie luxembourgeoise voit affluer les souscriptions. Mais les assureurs peinent à suivre le rythme, entraînant un allongement des délais d’ouverture des produits d'épargne. -
Les émetteurs high yield déjouent les pièges des refinancements
Le marché primaire euro pour les entreprises à haut rendement est resté très actif en septembre, malgré les tensions sur les taux et, dans une moindre mesure, sur les spreads. Mais les investisseurs se montrent prudents face à des valorisations élevées et des dossiers parfois complexes. -
Chine et Etats-Unis s'accordent sur la réduction des droits de douane réciproques
L’accord conclu concerne les produits de grande consommation chinois ainsi que les matières premières agricoles et le charbon américains. Au total, 60 milliards de dollars de marchandises bénéficieront de la clause de la nation la plus favorisée.
ETF à la Une
Les secrets de la performance record d'un ETF sur le fret maritime
Contenu de nos partenaires
-
EditorialDroite : l'avertissement des sénatoriales
Les transferts de voix de LR vers le RN aux élections sénatoriales en disent long sur le danger qui guette la droite républicaine face à l'extrême droite -
Rester groupésAu Sénat, la majorité tente de contenir la poussée du RN
Si le RN est désormais largement en mesure de composer un groupe, le Sénat, toujours dominé par la droite et le centre, entend circonscrire son influence -
« Les banques sont toutes détenues par des Juifs » : Jordan Bardella face à de lourdes accusations d'antisémitisme
Le président du RN et numéro deux de Marine Le Pen aurait tenu de nombreux propos antisémites dans des conversations privées remontant à 2013, révèle Mediapart.