L’échec d’Isodev illustre les limites du financement non bancaire
Isodev espérait démocratiser le prêt participatif aux TPE-PME en France. La société présidée par Philippe Dupont, l’ancien patron des Banques Populaires, vient d’être rattrapée par le principe de réalité. Elle a publié lundi soir sur son site internet, par ailleurs inactif, un communiqué annonçant qu’elle cessait toute production nouvelle. Les 1.917 prêts existants seront gérés jusqu’à leur extinction.
Créée en 2009 par Germain Simoneau et Patrick Touton, Isodev a démarré ses activités fin 2012. Au 30 janvier, elle affichait 67 millions d’euros d’encours, et 46 collaborateurs.
En plein essor du crowdfunding et autres financements non bancaires, cette mise en run-off vient rappeler que le modèle économique des nouveaux acteurs de la désintermédiation reste à établir en France. «La chute de l’investissement des TPE-PME, ininterrompue depuis 2013, a entraîné une baisse de la demande de crédit d’investissement. Parallèlement, la dégradation de la conjoncture a entraîné un niveau de défaillance très important parmi les TPE-PME», indique le prêteur. Les perspectives 2015 et 2016 n’étaient pas meilleures. Le modèle d’évaluation des risques, dont les promoteurs d’Isodev vantaient la solidité début 2013, a touché ses limites. «A ce jour, 96 emprunteurs sont défaillants», précise un proche de la société, soit 5% du nombre de prêts.
Le prêt participatif est risqué, car il s’assimile à du quasi-capital. Il est accordé sans caution ni garantie. Isodev le facturait entre 11% et 15%, pour des montants unitaires de 15.000 à 150.000 euros. Elle s’appuyait pour moitié sur les grands réseaux bancaires, pour le vendre à des entreprises réalisant au moins 200.000 euros de chiffre d’affaires.
L’échec de la start-up touche par ricochet AG2R La Mondiale, Axa France, CNP Assurances et Natixis. Ces quatre investisseurs finançaient Isodev à travers un fonds commun de titrisation (FCT) dont ils souscrivaient les obligations à mesure des besoins, soit 67 millions d’euros. Contactés par L’Agefi, aucun ne souhaitait hier détailler son exposition. Axa et CNP seraient les plus gros souscripteurs.
Le FCT reste en vie. «Si la gestion en extinction est bien menée, le sinistre sera limité», indique un proche du dossier. Tout dépendra du taux de recouvrement final sur les prêts. Ces derniers bénéficient d’une garantie du Fonds européen d’investissement, filiale de la BEI, à hauteur de 50% et dans la limite de 7 millions d’euros de total de garantie appelée.
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