Le sort de Dexia est aux mains de Bruxelles
La survie de Dexia, qui a accusé une perte abyssale de 11,6 milliards d’euros l’an passé, reste suspendue à la validation de son plan de sauvetage par la Commission européenne. Alors que les Etats belge, français et luxembourgeois doivent présenter un plan définitif à Bruxelles d’ici le 21 mars, «il est vital pour Dexia que la garantie de 90 milliards d’euros soit mise en place et approuvée par la Commission européenne», a averti jeudi Pierre Mariani, président du comité de direction de la banque (photo).
Concernant l’octroi de la garantie de 90 milliards d’euros (visant à couvrir les besoins de refinancement sur une période allant jusqu’à dix ans), dont 45 milliards d’euros ont temporairement été activés, la rémunération doit être suffisamment faible pour permettre un retour à un résultat positif et un renforcement des fonds propres. «La viabilité du groupe reste clairement menacée», relève un analyste.
Alors qu’un premier plan de sauvetage de Dexia avait été consenti en 2008, la Commission européenne «n’a pas digéré d’avoir donné son feu vert», selon une source citée par Reuters, indiquant que les services du commissaire européen de la Concurrence, suite au démantèlement, «sont furieux et traînent pour donner leur accord».
Selon Pierre Mariani, «Dexia reste un groupe important du secteur européen et la validation du plan apparaît comme l’hypothèse la plus probable». Dexia faisait partie de la liste, publiée en novembre par le conseil de stabilité financière, des 29 établissements d’importance systémique, pouvant menacer le système financier en cas de faillite.
Au-delà des inquiétudes sur la liquidité, qui serait couverte grâce à cette garantie, «Dexia présente un problème de solvabilité. Le niveau des fonds propres part du groupe, négatifs à hauteur de 2 milliards d’euros (contre un niveau positif de 8,9 milliards un an plus tôt, ndlr), risque de nécessiter une recapitalisation si d’autres cessions d’actifs tardent à se réaliser», relève Marnik Hinnekens, responsable de la recherche Crédit chez Tullett Prebon.
En vue de la poursuite de certaines activités, Dexia, dont le ratio core tier one s’élève à 6,4%, «ne peut se permettre de voir sa note (noté BBB+ avec surveillance négative par Standard & Poor’s, ndlr) dégradée par les agences», ajoute Marnik Hinnekens.
Si plusieurs cessions sont en cours de réalisation (Dexia BIL, RBC Dexia…), celle de la filiale turque Denizbank est plus incertaine, «nous n’avons pas de certitude» sur l’aboutissement du processus, a indiqué Pierre Mariani, ajoutant ne pas «être prêt à céder cet actif à des conditions pénalisantes».
Selon le président, les résultats 2011, qui font état d’une perte historique au sein des banques françaises, «ne sont pas une surprise et reflètent la facture du passé et les conséquences de la crise de la dette souveraine».
La perte nette de 11,6 milliards d’euros de Dexia, qui a réduit son bilan de 567 à 413 milliards d’euros, intègre les dépréciations sur la dette grecque (-3,4 milliards d’euros), les pertes liées aux cessions de Dexia Banque Belgique (-4 milliards d’euros) et Dexia Municipal Agency (984 millions) et le coût d’autres cessions d’actifs (2,6 milliards dont 1,9 milliard hérité des activités de subprime aux Etats-Unis).
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