Le scandale du Libor éclabousse Barclays
Les taux qui servent de référence pour des centaines de milliers de milliards de dollars de transactions sur les marchés mondiaux ont bien été manipulés pendant des années. Les autorités américaines et britanniques ont infligé près de 363 millions d’euros d’amende à Barclays. Le groupe est accusé d’avoir volontairement soumis de fausses informations au marché pour rassurer sur sa position financière et favoriser ses opérations sur les marchés dérivés. Ses traders ont aussi incité d’autres banques à la manipulation.
Pour refermer ce dossier douloureux, Barclays doit s’acquitter d’une amende de 160 millions de dollars d’amende auprès du Department of Justice, de 200 millions de dollars auprès du régulateur des marchés américains, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Enfin, le groupe doit 59,5 millions de livres à la Financial Services Authority (FSA). Bien que diminuée de 30% dans le cadre de la transaction, c’est la plus grosse pénalité jamais attribuée par la FSA.
Comme ses homologues, l’autorité souligne la gravité et l’étendue des fautes commises. Le PDG de Barclays, Bob Diamond et trois directeurs exécutifs ont formulé des excuses et renoncé à leur bonus pour cette année. Dans le détail, les traders de Barclays, basés à New York, Londres et Tokyo sont accusés d’avoir manipulé les deux taux de référence, à la hausse comme à la baisse, pour augmenter les profits et diminuer les pertes réalisées par les activités de produits dérivés de la banque. Les régulateurs précisent que ces manipulations ont été faites de manière routinière et parfois quotidienne de mi-2005 jusqu’à l’automne 2007 au moins, puis de manière plus sporadique après 2009.
La CFTC cite un trader sur les dérivés écrivant à l’un de ses confrères chargé des taux interbancaires: «Nous avons une autre opération importante demain et compte tenu des mouvements du marché j’espérais que nous pourrions fixer aussi haut que possible les taux Libor». Et les contributeurs au Libor de répondre: «toujours contents de donner un coup de main» ou encore «je ferais n’importe quoi pour toi». Certains traders de Barclays auraient même tenté de rallier à leur cause des opérateurs dans d’autres banques pour manipuler l’Euribor à des dates où beaucoup de contrats dérivés sont dénoués.
La CFTC et la FSA accusent aussi des responsables expérimentés de Barclays d’avoir demandé aux contributeurs du Libor dollar d’aligner leurs déclarations sur celles des autres banques contributrices. Cette attitude, adoptée en réaction à l’inquiétude de la presse sur les coûts d’emprunts de la banque, a prévalu de manière régulière entre août 2007 et début 2009 et concerné de manière plus occasionnelle les taux Libor sterling et yen.
Le Libor reflète les conditions auxquelles un établissement s’attend à emprunter, il est publié quotidiennement en plusieurs devises par l’association des banquiers britanniques (BBA) sur la base des déclarations d’un panel plus ou moins large de banques. La BBA a assuré qu’elle allait prendre en compte tous les résultats de l’enquête avant de mettre à jour comme prévu sa méthodologie. La fédération bancaire européenne (EBF), qui publie l’Euribor et vient de lancer, avec retard, sa version en dollar , n’a pas réagi.
D’autres têtes pourraient tomber, et les amendes pleuvoir. La FSA a indiqué qu’elle poursuivait ses investigations. Les autorités européennes et japonaises ont aussi lancé des enquêtes.
Plus d'articles du même thème
-
Ares Infrastructure Equity réalise son premier investissement en Europe
Le fonds américain acquiert une participation minoritaire dans Statera Energy, spécialiste britannique d'énergie. Il s’agit du premier investissement d'Ares dans les infrastructures en Europe en private equity. Une opération réalisée parallèlement à une acquisition de 2,9 milliards de dollars aux États-Unis, via le même véhicule. -
Blackstone lève 8,7 milliards de dollars pour son cinquième fonds de transition énergétique
Le gestionnaire d’actifs américain a clôturé le véhicule BETP V qui a déjà investi dans six opérations. -
Mohamed El Gazzar (I Squared Capital) : « Les data centers ne vont pas évincer les autres infrastructures »
Le responsable des infrastructures européennes d’I Squared Capital met en garde contre le risque de surfinancement de l'IA, détaille sa stratégie dans les data centers et explique l’importance de sécuriser l'électricité dans le contexte actuel.
ETF à la Une
Global X lance un ETF sur les sociétés minières aurifères responsables
- BNP Paribas augmente la plupart de ses salariés entre 1.000 et 1.500 euros
- Macif Vie est menacée par la Cnil d'une sanction de 7 millions d’euros
- Eutelsat bondit en Bourse alors que Starlink réduit ses services en Ukraine
- ASML manifeste les premiers symptômes des limites physiques de l'IA
- UniCredit va pouvoir prendre le contrôle de Commerzbank
Contenu de nos partenaires
-
En même tempsA quoi joue Donald Trump avec la Russie ?
L'administration américaine tente de défendre ses récentes levées de sanctions contre la Russie, malgré des tensions réelles avec l'Ukraine -
Prise de conscienceSécheresse : l’eau, nouveau risque majeur pour les grands groupes
Alors que la France traverse une sécheresse historique, la moitié des 52 grands groupes passés au crible par Entreprises pour l’environnement jugent l’eau « matérielle » pour leur activité. Mais les stratégies dédiées restent rares, alors que les banques s’en mêlent -
De premiers couvre-feux « localisés » annoncés à Paris, Nice, Lyon et Lille après les violences
Après la prise de parole du Premier ministre dans l’après-midi, des couvre-feux sont instaurés dans plusieurs villes dont Paris, Nice, Lille et Lyon dès ce lundi soir