Le rôle des banques américaines sur les matières premières est mis à l’index
Le Sénat américain a-t-il levé un nouveau lièvre sur les activités bancaires? Dans un rapport publié hier, une commission bipartisane pointe du doigt Goldman Sachs, JPMorgan et Morgan Stanley qui se sont constituées un vaste arsenal de stocks sur les matières premières physiques à suffisamment grande échelle pour avoir une influence sur les prix, détenir des avantages dans les opérations de trading et mettre en danger l’ensemble du système financier.
«L’implication massive de Wall Street dans les matières premières physiques met notre économie (...) et l’intégrité de nos marchés à risque», estime le sénateur Carl Levin.
Ces établissements auraient ainsi fréquemment dépassé la limite réglementaire autorisée par la Fed sur la taille de leurs stocks de brut, de gaz naturel, d’aluminium, d’uranium. JPMorgan aurait ainsi détourné les règles sur sa détention de cuivre en répertoriant ses stocks dans la catégorie des métaux précieux, exemptée du quota sur le niveau d’opérations financières livrables en actifs physiques. Le rapport met également en lumière la détention par Morgan Stanley de 55 millions de barils de pétrole, soit l’équivalent de trois jours de consommation moyenne aux Etats-Unis.
Quant à Goldman Sachs, le Sénat met à l’index les activités de ses filiales Nufcor, qui commercialise de l’uranium non enrichi, et Metro International Trade Services (MITS), un réseau d’entrepôts. Cette dernière aurait passé un accord avec une filiale de Deutsche Bank, Red Kite Group, et Glencore lui permettant de transférer des stocks d’aluminium d’un entrepôt vers un autre, entraînant une baisse des stocks disponibles pour les clients et les industriels et une hausse des prix. La banque, qui se défend d’une telle pratique, aurait mis MITS en vente.
Ces accumulations de stocks par les banques leur ont également servi à réaliser des activités industrielles. Une situation qui engendre une concurrence déloyale face aux acteurs non bancaires du secteur qui ne bénéficient pas de cette double casquette.
Les banques ont cédé depuis une partie de leurs activités de négoce des matières premières. Mais Carl Levin avertit que «nous ne pouvons pas laisser une importante et puissante banque de Wall Street influencer le prix d’une matière première essentielle pour notre économie, surtout si elle échange des produits financiers liés à celle-ci. Nous devons restaurer la séparation des activités commerciales et bancaires».
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