- Marchés actions
- Tribune
Le Listing Act : une fenêtre d’opportunité dans un contexte incertain
Les entreprises françaises, notamment les PME et les entreprises de taille intermédiaire (ETI), sont actuellement confrontées à une situation économique et politique particulièrement complexe. La dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 a provoqué une incertitude institutionnelle, créant un climat peu favorable au développement de leurs activités et à l’investissement. En attendant que la baisse des taux annoncée par la Réserve fédérale américaine se répercute sur les marchés européens, de plus en plus d’entreprises font face à des difficultés financières, qui se traduisent par une augmentation du nombre des déclarations de cessation de paiements. Face à ces difficultés, des solutions comme le Listing Act émergent pour soutenir les entreprises.
Dans ce contexte particulièrement tendu, le Listing Act, une initiative européenne prise le 7 décembre 2022 par la Commission européenne, et approuvée par le Parlement européen en avril dernier, pourrait permettre de renforcer les fonds propres des entreprises et, par ricochet, rassurer leurs prêteurs, notamment bancaires.
Cette directive vise à réformer plusieurs textes européens régissant les marchés de capitaux, notamment pour simplifier l’accès des entreprises à ces marchés tout en allégeant les charges administratives et donc financières liées à leur cotation. Bien que le Listing Act couvre un champ large et de multiples dispositions, nous nous concentrons ici sur les mesures qui facilitent spécifiquement la cotation des entreprises et donc leur accès au financement par les marchés de capitaux. Ces réformes s’articulent autour de plusieurs axes clés :
- Simplification et réduction des coûts : Le Listing Act augmente le périmètre de dispense de dépôt d’un prospectus. Pour les offres au public, le seuil de dispense est relevé à 12 millions d’euros sur 12 mois, contre 8 millions auparavant. De plus, pour les émissions secondaires de titres fongibles (tels que les placements privés pratiqués par les sociétés déjà cotées), l’exemption de prospectus permet désormais l'émission de titres nouveaux allant jusqu'à 30% du nombre existant, contre 20% auparavant. A noter que cette exemption ne concernait jusqu’ici que l’admission à la négociation de valeurs mobilières fongibles et qu’elle englobera désormais également les offres publiques. Par ailleurs, le Listing Act prévoit que les prospectus relatifs aux actions et aux valeurs mobilières équivalentes à des actions devront être limités à 300 pages, de format A4 et présentés de manière lisible. L’ensemble de ces mesures vise à réduire de manière importante la complexité et les coûts associés à la levée de capitaux sur les marchés financiers et ainsi, à en faciliter l’accès.
- Allègement des obligations déclaratives : La directive révise la définition des informations privilégiées et assouplit certaines obligations déclaratives pour les entreprises. Par exemple, le seuil des transactions des dirigeants soumises à déclaration a été relevé, réduisant ainsi les contraintes administratives tout en maintenant une transparence suffisante pour protéger les investisseurs.
- Introduction d’actions à droit de vote multiple : Le Listing Act permet également aux entreprises d’introduire des actions à droit de vote multiple, offrant ainsi la possibilité de lever des capitaux sans diluer excessivement le contrôle des fondateurs. Cette mesure est particulièrement attractive pour les entreprises familiales et les entreprises à forte croissance qui souhaitent lever des fonds sur les marchés de capitaux tout en conservant le contrôle et en maintenant une gouvernance appropriée.
Incertitude politique
Bien que la transposition de certaines dispositions soit déjà en cours, son avancement pourrait être freiné par l’incertitude politique actuelle liée à la dissolution de l’Assemblée nationale. Néanmoins, cette transposition doit être réalisée d’ici à 2025, conformément au calendrier communautaire. L’Autorité des marchés financiers (AMF) jouera un rôle déterminant dans l’application de ces nouvelles règles en France, facilitant ainsi l’accès des entreprises aux marchés financiers.
En conclusion, bien que le Listing Act n’apporte pas de réponse au déficit de liquidité et au manque de profondeur du marché auxquels se heurtent les entreprises cotées de type small et mid caps, et qui restent le principal frein au développement de ces marchés de capitaux, cette directive représente une avancée non négligeable. En effet, si le processus de cotation est historiquement perçu comme coûteux et complexe et devrait le rester, c’est sans doute le refinancement des sociétés déjà cotées qui bénéficiera de ces nouvelles mesures de simplification et de réduction des coûts. Nul doute que, une fois la situation politique stabilisée, les entreprises françaises saisiront ces opportunités.
Plus d'articles du même thème
-
Les marchés actions ont remis leurs lunettes roses
Les perspectives de résultats et la valorisation plus raisonnable des actions rendent les investisseurs plus confiants. Ils entrevoient encore un potentiel de hausse, malgré les risques persistants. -
Les actions émergentes ont rattrapé leur faux pas estival
Les marchés émergents ont rebondi après leur correction de juillet et progressent désormais de 27% en 2026, portés principalement par le secteur technologique. Mais cette concentration est aussi une vulnérabilité. -
La taxe sur les transactions financières rate ses objectifs
La taxe sur les transactions financières (TTF) instaurée en France en 2012 n’aurait pas eu les effets escomptés en termes de réduction de l’instabilité des marchés financiers malgré une certaine rentabilité budgétaire avec 2,5 milliards d’euros de recettes en 2025, indique un rapport de la Cour des comptes.
ETF à la Une
Amundi dévoile un ETF conçu pour Zenkyoren
- Le potentiel de progression des marchés actions se réduit à peau de chagrin
- Combien coûterait aux banques une hausse du plafond du Livret A
- Le Crédit Mutuel Arkéa pousse les feux avec Fortuneo
- Les investisseurs actions et crédit se protègent contre le risque politique français
- La Banque Delubac, toujours en pertes, cherche du capital
Contenu de nos partenaires
-
Pourquoi les Emirats arabes unis injectent 40 milliards d'euros en Allemagne
Lors de sa visite à Berlin, le dirigeant émirati a scellé vingt-neuf accords portant sur des data centers et la défense. Une façon de renforcer ses débouchés à l'étranger alors que la guerre en Iran se poursuit -
« Edouard le flemmard » : la polémique dont Edouard Philippe se serait bien passé
Le Rassemblement national a accusé jeudi l’ex-Premier ministre de vouloir se reposer trois mois avant d’entrer en fonctions s’il venait à remporter l’élection présidentielle. -
Seine colèreHindous à la Tour Eiffel : quand LFI redécouvre la laïcité pure et dure
Les représentants de la France insoumise, n'avaient pas de mots assez durs pour dénoncer cette atteinte à l’égalité homme-femme. Mais quand les mêmes principes sont bafoués avec un voile ou une abaya, les réflexes sont plutôt à l’indulgence et à la complaisance.