Le chiffon rouge américain
Ce n’est plus un dérapage, mais un plongeon dans les chutes du Niagara. Pas une semaine ne se passe sans que Washington ne se propose de creuser davantage l’énorme déficit public américain. L’accord bipartisan trouvé le 8 février au Congrès, s’il a le mérite de refermer pour un an le feuilleton du plafond de la dette, est à cet égard édifiant. Républicains et démocrates ont voté presque comme un seul homme une nouvelle rallonge de 300 milliards de dollars de dépenses qui s’ajoute à l’ambitieuse et dispendieuse réforme fiscale adoptée avant Noël. Le président Donald Trump a donc pu, quelques jours plus tard, s’enivrer de promesses d’investissements massifs dans les infrastructures ou la défense.
Les chiffres donnent le tournis. Le déficit public s’apprête à franchir allègrement des niveaux inconnus depuis la grande récession. Le ratio d’endettement passera la barre des 100 % d’ici à dix ans si les prochaines administrations ne mettent pas le holà à leur prodigalité. Un sujet ô combien épineux, car les dépenses contraintes de retraites et de santé devraient à elles seules creuser de plus de 2 points de PIB le déficit public sur la période, par le jeu naturel de la démographie, selon les projections du Congrès. Dans le même temps, le pays affiche le solde commercial le plus dégradé depuis dix ans, et assiste ainsi à la résurgence des déficits jumeaux (lire page 16) qu’il avait connus dans les années 1980 et 2000. La relance effectuée en haut de cycle économique, en soutenant les importations, devrait l’amplifier.
Il va sans dire que cette situation semble difficilement compatible avec la mansuétude dont jouissent encore les Etats-Unis chez une agence de notation telle que Moody’s. Les investisseurs, qui ont en mémoire les turbulences dues il y a quelques années à la dégradation de la note souveraine du pays par S&P, ont tout intérêt à ouvrir les yeux. Le dollar aurait dû en toute logique se raffermir l’an dernier à la faveur des hausses de taux de la Réserve fédérale ; s’il s’est au contraire affaibli, il le doit en partie à ce nouvel ordre – ou désordre – budgétaire (lire notre Dossier page 20). Le Trésor américain, surtout, s’apprête à perdre un précieux soutien à mesure que la banque centrale réduira comme elle l’a promis son bilan. Pour vendre sa dette, il devra appâter à nouveau les investisseurs obligataires internationaux. Si le statut de monnaie de réserve dont jouit le billet vert prémunit le pays d’accidents de marché, certains bailleurs de fonds, au Japon et en Chine, ont récemment témoigné en paroles ou en actes d’une prudence compréhensible. L’administration Trump aurait donc intérêt à ne pas se réjouir trop bruyamment de la faiblesse de sa devise, au risque d’agiter un chiffon rouge sous le nez de ses créanciers.
Plus d'articles du même thème
-
L'Europe est sous la menace du rebond des prix du gaz
Alors que la Chine a commencé à reconstituer ses stocks de gaz et que ceux de l'Europe sont au plus bas, les conditions sont réunies pour pousser les prix à la hausse en l'absence d'accalmie dans le Golfe. -
Les banques de la zone euro continuent à durcir l’accès au crédit
Les banques de la zone euro ont encore durci leurs conditions d’octroi de crédit au deuxième trimestre en raison de craintes liées à l’instabilité géopolitique notamment. Elles prévoient un nouveau resserrement de ces conditions au cours du troisième trimestre, selon la dernière Bank Lending Survey (BLS) de la Banque centrale européenne (BCE). -
Les marchés se préparent à un discours ferme de la BCE
Les marchés de taux intègrent un statu quo pour la réunion monétaire de jeudi, au motif que le Conseil pourrait se donner le temps d’évaluer la véritable transmission du choc énergétique à l’inflation. Ils sont cependant persuadés que la BCE procédera à deux hausses de taux ensuite.
ETF à la Une
La Corée du Sud suspend la cotation des ETF à effet de levier
- Les créanciers d’Altice International contre-attaquent
- L'Europe se prépare à alléger les exigences en capital de ses banques
- Axa sort du capital d’Ardian au profit des Assurances du Crédit Mutuel et de Wafra
- Le secteur du luxe amorce une reprise au deuxième trimestre
- Le secteur technologique donne des signes de craquements en Bourse
Contenu de nos partenaires
-
UltimatumMonique Barbut va présenter sa démission à Emmanuel Macron
La ministre de la Transition écologique a annoncé mardi soir, devant plusieurs médias dont l'Opinion, qu'elle présenterait sa démission au chef de l'Etat. En cause : le refus du gouvernement de revenir sur la réintroduction encadrée de l'acétamipride dans la loi agricole -
RemaniementSNCF : Jean Castex impose sa marque en remaniant la direction de SNCF Voyageurs
Le patron du groupe ferroviaire souhaite « impulser une nouvelle dynamique » chez sa filiale. En interne, Jean Castex défend une autre conception de la décentralisation des activités de sa filiale -
Bras de ferGuerre en Ukraine : les anciens contre les modernes
Le départ du ministre de la Défense Mikhaïlo Fedorov, en conflit sur des choix stratégiques avec le commandant en chef des armées Olexandr Syrsky, a provoqué des manifestations d’ampleur