La justice force les banques à dévoiler leurs marges sur produits dérivés
La justice pimente les relations banques-entreprises. La cour d’appel de Paris a condamné le 26 septembre la Société Générale à verser 8 millions de dollars (5,9 millions d’euros) à la Société Minière Georges Montagnat (SMGM), le troisième producteur de nickel de Nouvelle-Calédonie, pour défaut d’information lors de la mise en place d’opérations de couverture sur les matières premières. Un arrêt qui pourrait forcer à l’avenir les banques à dévoiler à leurs clients les marges qu’elles encaissent sur des produits dérivés.
L’affaire remonte à 2005, alors que les prix du nickel sont orientés à la hausse. La SMGM met en place cette année-là deux opérations pour se couvrir contre une baisse du prix du métal. Plutôt que d’acheter une option sèche, en l’occurrence un simple «put» qui lui permettrait de vendre sa production à un minimum garanti, la société minière cède en parallèle des «calls» à la Société Générale, de sorte qu’elle n’a pas à décaisser de primes pour mettre en place sa couverture. Problème, les prix du nickel continuent leur ascension en 2006, puis explosent en 2007. La société n’en profite pas, la vente de sa production servant à rémunérer la Société Générale.
L’entreprise, qui invoquait la nullité des contrats, le dol et le devoir de mise en garde, a été déboutée de ses demandes sur ces points. En revanche, la cour d’appel lui a donné raison en relevant que «la Société Générale n’a pas informé la SMGM des modalités de sortie des positions de couverture et de l’existence d’une stratégie d’option sèche (…) ni du coût de la couverture qui (…) affecte la pertinence de la stratégie choisie». La banque «a le devoir d’informer son client de la manière dont elle va se rémunérer pour sa prestation même dans le cadre d’opération à prime nulle par loyauté et transparence», indique l’arrêt. Elle aurait dû dévoiler la marge qu’elle était en mesure de réaliser dès la conclusion des contrats d’option.
«Cette décision va modifier les habitudes de marché et donner au client la possibilité d’arbitrer entre différentes solutions de couverture en fonction de leur coût, à un moment où les incertitudes favorisent la mise en place de couverture de change ou de matières premières», estime François Hascoët, du cabinet H&A, qui représentait le plaignant aux côtés du cabinet Grappotte Benetreau Jumel. A ce stade, la Société Générale ne commente pas et ne s’est pas encore pourvue en cassation.
Plus d'articles du même thème
-
Invesco collecte plus de 60 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026
Les encours de la société de gestion américaine ressortent à 2.470 milliards de dollars fin juin 2026. -
Le PIF ancre un nouveau fonds de capital-investissement pour le Moyen-Orient
Le fonds souverain saoudien s'engage comme investisseur pilier dans un véhicule de capital-investissement de Brookfield ciblant les entreprises d'Arabie saoudite et du Golfe. Le premier closing vient d'être annoncé à 2 milliards de dollars. -
Hong Kong allège ses standards d'introduction en Bourse
Pour rivaliser dans la course avec les autres places financières, le Hong Kong Stock Exchange se montrera beaucoup moins regardant sur la cotation d'entreprises ayant des actions à droits de vote multiples.
ETF à la Une
Amundi met en place deux ETF sur les puces mémoire et les centres de données
- Tiré par sa banque d'investissement, BNP Paribas annonce des profits en forte hausse
- La BCE suit la boussole des marchés
- Les taux français à 10 ans passent la barre des 4%
- Olivier Gavalda succède à Daniel Baal à la Fédération bancaire française
- BNP Paribas tient les promesses faites aux investisseurs
Contenu de nos partenaires
-
Tribune« Face aux incendies, planifier plutôt que subir » – par Pierre Jouvet
Pour l'eurodéputé et secrétaire général du Parti socialiste, « les gouvernements d'Emmanuel Macron auront été les champions du monde de la réunion de crise et les cancres de la planification » -
Pourquoi le déficit des hôpitaux publics reste structurellement haut ?
Selon un nouveau rapport de la Drees, il s’élève à 2,3 milliards d'euros en 2025, en légère baisse par rapport à l’an passé -
Plus 0,8 % au deuxième trimestre : la hausse en trompe-l’œil du nombre de chômeurs
L’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A dévoilée ce mardi doit être nuancée par l’inscription automatique des bénéficiaires du RSA.