La Fed déclenche une rotation vers les valeurs de croissance
Au terme d’une semaine marquée par le ton plus restrictif de la Réserve fédérale américaine, les marchés actions ont terminé en nette baisse après les déclarations de James Bullard sur l’inflation. Le président de la Fed de Saint-Louis s’est dit favorable à une hausse des taux dès 2022, avant donc la majorité de ses pairs au sein de la Fed, qui penchent pour 2023, car l’inflation est selon lui plus intense et plus durable qu’anticipé. A Wall Street, les valeurs de croissance faisaient néanmoins mieux que la moyenne du marché. L’indice Nasdaq a perdu 0,6% et le S&P500 0,9%. Une surperformance déjà perceptible les jours précédents dans le sillage de la Fed.
«Après la correction initiale sur les taux longs américains, le rallye obligataire a repris, probablement amplifié par la liquidité, avec un aplatissement de la courbe des taux et une baisse des points morts d’inflation, relève Emmanuel Cau, stratégiste actions chez Barclays. Cela suggère que les investisseurs pensent que la Fed ne sera pas en retard (behind the curve) et gardera l’inflation sous contrôle. » De quoi contribuer à une rotation vers les valeurs de croissance au détriment du thème de la reflation, d’autant que le rythme de la reprise atteint un pic aux Etats-Unis.
Moins favorable pour les cycliques
Le ton hawkish de la Fed ajoute à un contexte déjà moins favorable pour les valeurs cycliques. Leur correction est déjà même engagée, notent les stratégistes de Bank of America qui évoquent un environnement tempétueux pour ces valeurs compte tenu d’un positionnement extrême du marché, du resserrement de la Chine, un espoir moindre sur la relance budgétaire américaine et désormais la Fed. «Le vaccin continue de dominer le virus mais les cycliques sont les cycliques et une correction est probable», affirment ces derniers.
Les valeurs de croissance sont très sensibles à la pente de la courbe des taux. «Si la Fed resserre sa politique monétaire plus vite qu’anticipé, l’aplatissement de la courbe des taux va se poursuivre, explique Chris Iggo responsable de la gestion investissements core chez Axa IM. Dans un contexte de taux et de rendements qui ne remontent pas trop, le signal est favorable aux actions de croissance.» Un contexte compatible avec des hausses de taux courts, traduits dans la partie courte de la courbe, à l’origine de cet aplatissement, mais avec des anticipations plus faibles d’inflation, car la Fed est jugée crédible par le marché, donc une hausse plus mesurée des taux longs.
Marché bull
Pour une grande partie du marché, il n’y a pas d’autre alternative que les actions (l’effet TINA, there is no alternative). De fait, la plupart des marchés ont récemment franchi de nouveaux records. Les flux hebdomadaires dans les fonds vers les actions ont rebondi au cours de la semaine au 16 juin à 39 milliards de dollars (dont 25 milliards pour les actions américaines et 12 milliards pour les fonds mondiaux), la plus importante collecte au cours des trois derniers mois, selon EPFR Global. Cela porte à 568 milliards la collecte nette cette année.
«Pour les investisseurs positifs (‘bull’) sur le marché actions, des politiques économiques, des bénéfices et un positionnement à leur pic, signifient des taux à leur pic, souligne-t-on chez BoA. La rotation sera clé au troisième trimestre… avec des valeurs de croissance au-dessus de la ‘value’, des grandes capitalisations au-dessus des valeurs moyennes, mais des indices stables.»
Les stratégistes de Barclays ont récemment revu leur positionnement sous-pondéré sur les valeurs croissance, ces dernières étant désormais plus attractive après leur sous-performance, et ont réduit l’exposition aux cycliques les plus chères. Ils estiment néanmoins que dans un contexte où l’inflation reste un risque, certains secteurs value (banques, énergie, automobile) offrent une bonne protection contre une inflation potentiellement plus élevée.
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