La Fed prépare le terrain de la normalisation
La fin de la politique accommodante de la Réserve fédérale américaine (Fed) n’est pas encore pour aujourd’hui, mais elle se rapproche. A l’issue de la réunion de politique monétaire qui s’est tenue hier mercredi, la Fed a annoncé qu’elle pourrait amorcer le retrait de ses mesures de soutien à l'économie plus tôt que prévu pour tenir compte des progrès de la reprise et de l’accélération de l’inflation. La banque centrale n’a pas modifié sa politique ultra-accommodante à ce stade, mais la majorité de ses membres estiment désormais que deux hausses de taux de 25 points de base pourraient intervenir en 2023. Au mois de mars dernier, les banquiers centraux estimaient que les taux directeurs seraient maintenus proches de zéro jusqu’en 2024.
Le président de la Fed, Jerome Powell, s’est cependant voulu rassurant et a répété à plusieurs reprises que tout changement de politique serait communiqué au marché nettement à l’avance. Par ailleurs, il a aussi déclaré que le retrait progressif des mesures anticrise commencerait par un ajustement des rachats d’actifs avant de déboucher sur un relèvement des taux d’intérêt. La Fed n’a d’ailleurs pas encore discuté du calendrier du relèvement futur des taux, qui n’est pas encore à l’ordre du jour.
La Fed a donc indiqué que, pour l’heure, elle maintenait la fourchette cible pour le taux des fonds fédéraux de zéro à 0,25%. Parmi les mesures techniques annoncées mercredi, elle a légèrement relevé le taux de rémunération des réserves excédentaires, à 0,15% contre 0,1%. Le taux des opérations de mises en pension «reverse repo» passe de 0 à 0,05%. La Fed a aussi déclaré qu’elle poursuivrait ses rachats d’actifs au rythme de 120 milliards de dollars par mois (80 milliards de dollars de titres du Trésor et 40 milliards de titres adossés à des créances hypothécaires) tant que la page de la crise sanitaire ne serait pas définitivement tournée. Cela n’a pas empêché son président d’annoncer l’ouverture prochaine des discussions sur la possible réduction de ses rachats d’actifs (le «tapering»). «Le consensus attendait ces premières discussions, et espère une annonce à Jackson Hole en août ou lors de la réunion de septembre», a commenté Arthur Jurus, le chef économiste de Landolt & Cie.
Croissance et inflation revues en hausse
Cette légère inflexion dans le discours de la Fed s’explique par des anticipations de croissance et d’inflation revues à la hausse par rapport au mois de mars. Les prévisions de hausse du produit intérieur brut (PIB) sont passées de 6,5% à 7%. «Les progrès en matière de vaccination continueront probablement de réduire les effets de la crise de santé publique sur l'économie», indique le communiqué de la banque centrale.
Comme le laissaient entrevoir les derniers chiffres des prix à la consommation aux Etats-Unis - une hausse de 5% sur un an au mois de mai,la plus forte depuis 2008 Outre-Atlantique – les prévisions d’inflation ont été fortement revues à la hausse, à 3,4% en 2021, contre des anticipations à 2,4% précédemment. Cependant, la Fed s’attend toujours à une normalisation de la hausse des prix, avec une prévision d’inflation de 2,1% en 2022 (contre des anticipations de 2% en mars). Cette hausse des anticipations d’inflation reste donc transitoire, selon la Fed, ce qui explique qu’elles n’aient pas conduit à un durcissement immédiat de la politique monétaire. La Réserve fédérale a d’ailleurs réaffirmé dans son communiqué que «l’inflation étant restée inférieure à cet objectif de long terme, le Comité visera à maintenir une inflation légèrement supérieure à 2% pendant un certain temps».
Les marchés d’actions ont d’abord réagi négativement aux annonces de la Réserve fédérale, le S&P 500 perdant jusqu’à 1% par rapport à son cours de clôture de la veille. Malgré le maintien des mesures d’achat d’actifs à l’identique, tel que l’anticipaient les économistes, la perspective d’une hausse des taux avancée d’un an a désagréablement surpris. L’indice s’est ensuite légèrement repris, pour terminer en baisse de 0,54%, les opérateurs ayant été partiellement rassurés par l’assurance que le processus normal de tapering viendrait avant tout mouvement sur les taux directeurs.
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