Les économistes continuent en tout cas de revoir en hausse leurs prévisions pour cette année, à l’instar de Deutsche Bank (DB). Son chef économiste pour les Etats-Unis, Matthew Luzzetti, et son équipe ont relevé de 1,2 point à 7,5% la croissance attendue en 2021 au quatrième trimestre par rapport au même trimestre en 2020). Depuis leur dernière révision après l’élection sénatoriale en Géorgie, il est devenu de plus en plus évident que le plan de relance adopté serait massif. «Du coup, nous avons revu le montant du plan qui serait adopté de 1.000 milliards de dollars à 1.600-1.700 milliards», expliquent ces économistes. Ceci est avant tout motivé par une perspective plus forte des dépenses de consommation. Une partie importante du programme budgétaire de Joe Biden comprend un soutien direct aux ménages qui recevront des chèques pour un montant total de 405 milliards.
Retour à l’avant-Covid
«L’année vient à peine de débuter mais nous avons déjà une révision significative des prévisions de croissance mondiale, provoquée en partie par le stimulus budgétaire substantiel et soutenu des Etats-Unis», note Bruce Kasman, chef économiste chez JPMorgan (JPM) qui a également revu en hausse sa prévision de croissance nominale à 7% en moyenne en 2021 et 2022. Il faut y voir la conjonction d’une réduction plus rapide que prévu des capacités de production inutilisées (slack), une plus grande confiance dans la capacité à contenir le virus et dans les engagements en faveur d’une politique de soutien durable permettant à l'économie mondiale de poursuivre sur la voie de la reflation bien au-delà de cette année. «Dans ce contexte, l’écart de production (output gap) pourrait être comblé et l’inflation sous-jacente pourrait revenir à 2% dès l’année prochaine», selon les économistes de JPM.
L’économie américaine pourrait même dépasser son niveau pré-Covid au prochain trimestre et la trajectoire de croissance d’ici la fin de l’année. C’est ce qu’anticipent désormais les économistes de DB. «Une croissance plus forte favorisera une reprise plus rapide du marché du travail dans les prochains trimestres, le taux de chômage tombant à 4,2% en fin d’année, revenant ainsi au plus bas de 50 ans observé avant la crise pandémique, et ce d’ici à la fin de l’année prochaine», estiment ces derniers. Janet Yellen, la secrétaire au Trésor américain, défendant le projet de soutien budgétaire, a affirmé que ce stimulus permettrait aux Etats-Unis de revenir au plein emploi l’an prochain.
Une reprise différenciée
«Les Etats-Unis prendront la tête du rebond mondial de la demande dans le secteur des services en 2021 et 2022, grâce au stimulus budgétaire», soulignent également les économistes de Moody’s, mais aussi grâce à la distribution du vaccin. Or le rythme des vaccinations n’est pas le même partout. «L’absence de coopération entre les pays signifie que certains pays qui n’ont pu garantir un approvisionnement efficace des vaccins ou une capacité de production auront plus de mal à surmonter la pandémie», selon Moody’s, qui vient de revoir en hausse ses prévisions de croissance pour les pays du G20 pour 2021 et 2022, de 4,9% à 5,3% et de 3,8% à 4,5% respectivement. Néanmoins la reprise ne sera pas uniforme. Si l’agence de notation a remonté à 4,7% sa prévision pour les Etats-Unis en 2021, elle a abaissé celle de la zone euro à 3,7%.
Lors de la mise à jour de ses prévisions, le Fonds monétaire international (FMI) s’était montré plus optimiste pour la croissance mondiale (+5,5% cette année après -3,5% en 2020), sauf pour la zone euro dont la prévision de croissance a été ramenée à 4,2% (-1 point). La faute aux mesures de confinement prises partout en Europe pour lutter contre les variants, notamment britannique, mais aussi à la lenteur du déploiement des vaccins en Europe continentale. Et l’écart avec la prévision pour les Etats-Unis (+5,1%) paraît peu probable. Malgré un bon dernier trimestre en 2020, la zone euro devrait de nouveau se contracter au premier trimestre cette année. Les économistes de Bank of America sont encore plus pessimistes puisqu’ils prévoient une croissance de 3% cette année avec un premier trimestre en contraction de 1,1%, puis une reprise lente au cours des trimestre suivants.
Encore de l’incertitude
Si les enquêtes de confiance (Commission européenne, PMI, Ifo et Insee) continuent de montrer un rebond de l’activité dans l’industrie et une contraction dans les services, l’absence d’embellie des perspectives dans les services est inquiétante. «Elles ne s’améliorent pas malgré le déploiement (lent) des vaccins et la perspective d’une réouverture de l’économie qui approche», soulignent les économistes de BoA qui notent également l’absence d’optimisme des consommateurs pour l’avenir. Ces derniers s’inquiètent du chômage, ce qui les incite à épargner davantage. A l’inverse des Etats-Unis, l’Europe devrait donc mettre plus de temps à retrouver son niveau mais surtout son rythme de croissance d’avant-crise. «L’Europe sera plus lente à retrouver sa pleine capacité vu le niveau moindre du stimulus, la vaccination plus lente mais aussi une croissance structurellement plus faible», juge Moodys.
Toutefois, ces prévisions restent très incertaines, comme le signalent Moody’s ainsi que le FMI. Il y a des risques à la baisse (vaccination, variants…) mais aussi à la hausse. La réouverture des économies une fois un niveau d’immunité collective suffisant atteint pourrait donner lieu à un net rebond de la croissance comme au troisième trimestre 2020. D’autant que les bas de laine sont remplis.
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