La directive AIFM inquiète toujours l’industrie du capital-investissement
Un certain soulagement dominait hier parmi les représentants de la gestion alternative après le compromis trouvé mardi sur la directive AIFM. «C’est positif parce que cela met fin à l’incertitude», notait Pierre de Fouquet, ancien président de l’Association française des investisseurs en capital (Afic). «Cela a le mérite de fixer une règle européenne là où nous avions un patchwork», ajoute-t-il.
Mais sur le fond, le secteur du capital-investissement reste très critique. «Il y aura moins d’argent disponible pour l’investissement en Europe», assure Uli Fricke, la présidente de l’Association européenne du secteur, l’Evca. «Les investisseurs institutionnels ont une approche globale. Si l’Europe leur coûte plus cher, du fait de la nouvelle règlementation, ils pourraient décider d’aller ailleurs», dit-elle. «Tout se passe comme si l’Europe organisait inconsciemment l’assèchement du financement de ses PME», regrette Pierre de Fouquet. Et d’estimer qu’une «consolidation du fait de l’attrition» de capitaux pourrait se produire.
«La directive va rendre les grands fonds plus forts et les petits plus faibles», juge Uli Fricke. La directive crée un régime allégé pour les fonds non leveragés ayant moins de 500 millions d’euros sous gestion (100 millions d’euros pour les fonds à levier) mais ce régime ne leur permet pas de bénéficier du passeport européen. Résultat, les fonds de plus petite taille auront «le choix entre deux mauvaises solutions», estime Uli Fricke : opter pour le régime normal en supportant des coûts importants, s’ils veulent un passeport, ou bien ne pas le faire mais être privés de passeport et surtout être moins bien perçus par les investisseurs institutionnels.
Pierre de Fouquet relativise, pour sa part, l’intérêt du passeport. «Ce n’est pas vraiment un plus car nous commercialisons déjà partout de façon passive», dit-il. Le compromis scellé mardi maintient en effet un régime assez libéral de marketing passif. «Ce qu’il nous faudrait, c’est un véhicule européen qui assure la neutralité fiscale des fonds», dit-il.
L’AIMA, qui représente des hedge funds, a, elle, réagi avec discrétion au compromis, soulignant, par la voix de son président Andrew Baker, «les progrès faits sur le texte en 18 mois de négociation». «Finalement le marché reste ouvert», remarquait hier le député conservateur britannique Syed Kamall, généralement très proche des positions de l’AIMA.
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