Il est trop tôt pour sortir des actions européennes
Les indices européens ont spectaculairement rebondi depuis la fin octobre. Cette hausse d’environ 20%, aussi bien sur les grandes valeurs que sur les plus petites, est la conséquence logique de l’alignement vertueux des planètes que nous avions identifié à l’automne dernier. La question qui se pose maintenant est celle de la pérennité de ce rallye boursier. Afin d’y répondre, appuyons-nous sur les principaux enseignements que l’on extrait de notre habituelle analyse du marché en quatre piliers complémentaires.
Pilier Momentum économique
Ce dernier continue de se redresser selon nos indicateurs propriétaires, et laisse entrevoir une inflexion haussière de la croissance économique européenne en 2025. Projection que ne contredit pas, bien au contraire, le consensus des économistes qui table sur une croissance du PIB de +1,3% en 2025 en zone euro (vs +0.5% en 2023 et 2024). Toutefois, la normalisation haussière des indices est peut-être allée un peu vite. Près de 75% de notre objectif annuel a ainsi été réalisé en seulement un trimestre, et il ne serait pas surprenant que les indices évoluent de manière plus neutre lors des prochains mois. Ce constat ne s’applique pas au segment des small et mid caps qui, dans un tel contexte, n’a pas progressé au même rythme que lors des précédents historiques. Il serait donc logique que le segment des small et mid poursuivre sa marche en avant dans les prochains mois et surperforme un marché moins directionnel.
Pilier 2 Politiques monétaires
La situation s’éclaircit pour la BCE. L’inflation s’approche de la cible à +2,0% (+2,4% en zone Euro, +2,2% en Allemagne, +1,3% en Italie). Il n’y a, dans ce contexte, aucune raison pour que Christine Lagarde ne baisse pas les taux directeurs en juin, d’autant plus que les dettes publiques ont sensiblement progressé depuis quatre ans. La probabilité d’une baisse de taux en juin de -0,25% s’élève en zone euro à 92% si l’on se fie à la forme de la courbe des taux. Elle pourrait de surcroît, et ce n’est pas si fréquent, baisser les taux avant la Fed ; la probabilité d’une baisse des taux en juin étant tombée presque à zéro après la publication de chiffres d’inflation le 10 avril.
Pilier 3 Valorisations
L’inconvénient des marchés qui montent est que cela dégrade les valorisations. Toutefois, la sous-évaluation était si manifeste que nous n’observons (pour l’instant) aucun excès. Le marché européen vient seulement de rejoindre sa «fair value». Le PER 12 mois prospectif de l’indice Stoxx Europe 600 s’établit à 14x, la moyenne historique depuis 2000. La prime de risque s’élève à +4,8%, très proche, là encore, de la moyenne de 5%. Ces constats pourraient justifier d’une pause, mais en aucun cas d’un retournement en profondeur de la tendance dans les prochains mois. Par ailleurs, la croissance des bénéfices attendue en 2025 est de +10%, ce qui signifie que l’effet temps est favorable. Si les indices devaient évoluer horizontalement pendant quelques mois, cela engendrerait une baisse des multiples et un rechargement du potentiel de hausse. Par ailleurs, il ne serait pas étonnant de voir cette année les indices se renchérir au-delà de leur moyenne historique si le scénario central monétaire devait se réaliser.
La situation est tout autre pour les small caps, qui se valorisent avec un PER 13,2x vs 14,7x en moyenne historique. Le potentiel de «re-rating» est donc de l’ordre de +11,5% afin d’atteindre la normalisation fondamentale que les grandes valeurs ont déjà retrouvée.
Pilier4 Dynamique de marché
La hausse a été telle que certains indices «large caps» se trouvent en situation de «surachat». Par ailleurs, la saisonnalité deviendra prochainement moins porteuse. Une saine respiration pourrait donc se mettre en place. Toutefois de nombreux supports séculaires (entre 5% et 10% plus bas) se tiennent prêts à soutenir les indices en cas de correction. Il est par ailleurs important de mentionner que les indices petites et moyennes valeurs ont validé des deux côtés de l’Atlantique des configurations graphiques haussières qui pourraient les porter vers les sommets historiques de 2021, situés entre +15% et +20% au-dessus des niveaux actuels.
Conclusion :
La tentation de rester à l’écart ou de vendre est légitime après un tel rallye. Toutefois, de nombreux éléments nous amènent à penser qu’il est encore stratégiquement trop tôt pour se désinvestir, l’heure est plutôt au rattrapage, et à l’exposition tactique au segment des petites et moyennes valeurs.
Plus d'articles du même thème
-
L’Europe et l’Asie trinquent après Wall Street
La débâcle de la tech à la Bourse de New York jeudi fait plier les places financières en Asie ainsi qu’en Europe, mais dans une moindre mesure. Un rebond est attendu à Wall Street mais les investisseurs devraient rester prudents. -
Jeudi noir pour la tech à Wall Street
Le marché américain a connu sa pire séance depuis avril 2025 et le Liberation Day de Donald Trump. Les valeurs technologiques liées à l'IA restent au centre des préoccupations. L'indice Nasdaq a basculé en territoire de correction avec plus de 10% de baisse par rapport à son record. -
Les actifs financiers saluent les résultats des «midterms»
La large victoire démocrate tend à diminuer les risques d’un conflit trop long en Iran, donc de cours du pétrole durablement élevés, avec les conséquences positives que cela pourrait avoir sur les taux, et par ricochet sur les actions. Les risques de persistance du déficit budgétaire américain sont occultés. Pas les possibles rééquilibrages sectoriels.
ETF à la Une
Defiance lance le premier ETF Ucits dédié aux «Sept Magnifiques»
- Crédit Mutuel Arkéa avoue être victime d'une cyberattaque historique
- Jean-Pierre Thomas (TVI) : «Il n’y a pas de dossier Thomas Vendôme Investment mais un dossier Malakoff Humanis»
- La Société Générale supprime des postes dans sa banque de détail et ses services titres
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- Pour les banques françaises, la défaite de Donald Trump éclipse une décision de Fitch
Contenu de nos partenaires
-
Applaudimètre« Même si vous ne m’aimez pas » : au Bourget, la démonstration de force de Jean-Luc Mélenchon
Devant plus de 20 000 personnes selon les organisateurs, le candidat insoumis a présenté samedi la version actualisée de son programme L'Avenir en commun. Pour espérer battre Marine Le Pen, il compte sur des « causes communes » plutôt que sur des concessions. -
Sécurité européenne : les dirigeants européens rejettent le projet d’accord de Trump avec Moscou
Donald Trump promet la conclusion d’un vaste accord avec la Russie qui pourrait concerner « toute l’Europe ». À quelques jours de la reprise des pourparlers sur l’Ukraine à Abou Dhabi, les Européens préviennent que la sécurité du continent ne se négociera pas sans eux -
Introduction en Bourse d’Anthropic : le krach des valeurs de l’IA fait fondre la valorisation espérée
Après la chute historique du Nasdaq jeudi, les investisseurs intéressés par l’introduction en Bourse du créateur de Claude n’évoquent plus qu’une valorisation comprise entre 1 100 et 1 300 milliards de dollars, très loin des 2 000 milliards encore envisagés début octobre