Et si c’était l’année de l’Europe ?
Depuis 2007, l’écart de performance boursière entre les Etats-Unis et l’Europe est prodigieux. Depuis le 30 novembre 2007, l’indice américain S&P 500 NR progresse de +489% (en Euros) contre seulement +116% pour l’indice Stoxx 600 Europe NR. En termes annualisés, le rythme de progression de la bourse américaine a été de +11.4% sur cette période, contre +4.8% pour les bourses européennes.
Croissance économique, productivité, innovation, fiscalité sont clairement des atouts structurels pour les Etats-Unis, et militent pour une représentation significative des actions américaines dans une allocation d’actifs diversifiée. Toutefois, l’Europe peut par séquence se distinguer, à l’instar de ce que nous avions pu observer lors de la période novembre 2022 à avril 2023 (Stoxx Europe 600 NR +14.7%, S&P 500 NR en Euro -2.9%) et de nombreux éléments nous amènent à penser que les prochains mois pourraient être propices à la reproduction d’un tel phénomène.
Un Momentum Economique favorable à l’Europe
Nos indicateurs de Momentum économique permettent de modéliser le cycle économique avec 12 mois d’avance sur l’économie réelle. Il apparaît que la dynamique est actuellement plus favorable à l’Europe. Cela ne signifie pas forcément que l’économie européenne se porte mieux qu’aux Etats-Unis, mais que la dynamique d’amélioration est plus prononcée actuellement dans le « vieux continent ».
C’est d’ailleurs ce que laisse entrevoir le consensus « Top-Down » des économistes. Alors que +0.5% de croissance du PIB est anticipé pour 2024 en zone euro, +1.4% est visé pour 2025. Aux USA, la dynamique est moindre puisque la croissance du PIB 2025 est attendue à +1.7%, en retrait par rapport à celle prévue pour cette année 2024 (+2.4%).
Nous nous trouvons donc dans une dynamique à 12 mois plus favorable à l’Europe, ce qui milite pour une surperformance vis-vis des Etats-Unis lors des prochains mois car les bourses ont tendance à anticiper de 12 mois l’économie réelle.
La BCE va agir avant la FED
Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, se trouve dans une position plus simple que Jerome Powell, le président de la Fed. L’inflation européenne converge en effet rapidement vers la cible BCE alors qu’aux Etats-Unis le combat contre l’inflation n’est pas encore complètement gagné, en raison d’une économie étonnamment résiliente lors des 12 derniers mois. L’inflation en zone Euro s’établit à +2.4% alors qu’elle s’élève encore à +3.5% aux Etats-Unis. De surcroît, les anticipations d’inflation en Europe se maintiennent sous la cible BCE de 2%, ce qui n’est pas encore le cas aux Etats-Unis (le « point mort » d’inflation annualisée à 3 ans en Allemagne est de +1.8% contre +2.3% aux Etats-Unis).
Il est donc dans ce contexte hautement probable que la BCE initie dès le mois de juin un cycle de baisse des taux avant la Fed, ce qui serait une première (à l’exception de 2014 où la BCE a agi seule). La probabilité d’une baisse des taux en juin de la BCE est actuellement de 95% contre seulement 15% pour la Fed si l’on se fie à la forme de la courbe des taux (au 03/05).
Valorisations : Une décote record de l’Europe
Jamais depuis la création de l’euro la décote relative aux Etats-Unis de l’Europe n’aura été aussi élevée. Le PER 12 mois prospectif de l’indice Stoxx Europe 600 est de 13.6x. Il s’établit au-dessous de la moyenne historique depuis 2000 de 14.0x, ce qui peut apparaître comme une forme d’anomalie dans un contexte où la BCE s’apprête à baisser ses taux directeurs. A l’inverse, le marché américain se paye très cher et bien au-dessus des standards historiques. Le PER 12 mois de l’indice S&P 500 est en effet de 19.9x contre une moyenne de 16.5x.
Conclusion : nous mettions en avant le mois dernier un contexte dans lequel il était encore trop tôt pour se désinvestir des actions en dépit du puissant rally boursier observé depuis fin octobre, tout en insistant sur le potentiel de rattrapage de certains segments de marché européens comme les petites et moyennes valeurs, les minières ou les foncières. Ce rattrapage pourrait être également observé sous l’angle géographique. L’Europe, qui n’a eu de cesse de sous-performer les Etats-Unis dispose conjoncturellement de nombreux atouts en termes absolus comme relatifs. Inflexion haussière de la croissance économique attendue à horizon 12 mois, baisse des taux BCE en juin avant la Fed, autant d’éléments qui pourrait conduire à une surperformance des bourses européennes d’ici la fin de l’année et à une réduction de la sous-valorisation relative actuellement excessive des indices européens.
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