Ernst & Young sous le feu de la justice pour son implication dans la chute de Lehman

Le procureur général de l’Etat de New York va, selon des sources concordantes, engager des poursuites civiles à l’encontre du cabinet d’audit
Benoît Menou

Andrew Cuomo prépare un dernier coup d’éclat en tant que procureur général de l’Etat de New York, avant d’en occuper le poste de gouverneur dès le 1er janvier prochain. De sources concordantes, il s’apprête à engager des poursuites civiles à l’encontre d’Ernst & Young concernant la responsabilité du cabinet d’audit dans la chute de Lehman Brothers.

Les faits incriminés sont connus. Il s’agit essentiellement de l’utilisation par la banque américaine de jeux d’écritures comptables de prêts à court terme appelés «Repo 105» et destinés à alléger artificiellement son bilan à l’approche des dates de clôture comptable. En mars dernier, le rapport de l’expert Anton Valukas avait mis au jour l’utilisation de ces pratiques dès 2001. Leur montant aurait dépassé les limites internes en 2007, avant que Lehman n'ôte ainsi momentanément de son bilan l’année suivante quelque 50 milliards de dollars d’encours. Une pratique répandue à Wall Street, de l’aveu même de plusieurs banques, et qui n’est illégale que si elle est destinée à fausser la perception des comptes.

La SEC a récemment indiqué ne pas avoir décelé de pratiques répréhensibles au sein des derniers comptes trimestriels des banques. Le débat porte sur le degré de connaissance de ces pratiques par Ernst & Young dans le cas de Lehman et de son manque de volonté à y mettre un terme. Pour autant, comme le confie à Reuters l’universitaire Anthony Sabino, estimer que le cabinet aurait pu mieux faire ne le rend pas forcément fautif, car «même le meilleur des auditeurs peut se faire berner».

Les deux parties pourraient chercher à régler rapidement l’affaire à l’amiable, Andrew Cuomo préférant ne pas laisser le dossier à son successeur. Les autorités américaines se montrent prudentes pour ne pas bousculer à nouveau un secteur de l’audit déjà réduit à quatre acteurs dominants.

Le cabinet a refusé de commenter l’information. Un porte-parole s’est borné à renvoyer à un précédent communiqué stipulant que «pendant toute notre période d’examen des comptes de Lehman, nous affirmons avoir respecté l’ensemble des pratiques professionnelles en vigueur et les règles applicables alors». Ernst & Young avait cette année également écrit à ses clients pour avancer que la déroute de Lehman avait été causée par un manque de liquidité et non par des soucis de transparence comptable.

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