Deutsche Bank retient les bonus de ses dirigeants face aux risques juridiques
Le FMI appelle à responsabiliser les dirigeants de banques via un système de rémunération incluant des titres de dette à long terme.
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Amélie Laurin
En reprenant des bonus déjà versés (clawback), les grandes banques d’investissement avaient opté pour une approche punitive. Deutsche Bank invente aujourd’hui la méthode préventive. La banque allemande a décidé de ne pas verser les primes différées dues à ses plus hauts dirigeants au titre de 2011, compte tenu des risques juridiques élevés auxquels elle est exposée, a révélé hier le Financial Times. Les co-directeurs généraux Anshu Jain et Jürgen Fitschen seraient concernés par cette mesure de rétention, décidée cet été par le conseil de surveillance de Deutsche Bank.
Ce dernier appliquerait un principe de précaution, au vu du millier de litiges juridiques auxquels la banque est exposée. Visée notamment dans le dossier de la manipulation du taux interbancaire Libor et du marché des changes, elle a payé l’an dernier 3 milliards d’euros de frais juridiques. En 2014, elle a déjà provisionné 2,2 milliards à fin juin. Outre les deux patrons actuels, trois hauts cadres actuels de la banque, son ancien directeur général Josef Ackermann et deux autres ex-dirigeants seraient également concernés. Les primes non versées représenteraient plusieurs millions d’euros, sachant que les bonus immédiats et différés dus à ces sept dirigeants, au titre de 2011, totalisent 17,2 millions d’euros.
Pour responsabiliser les patrons de banques, le Fonds monétaire international a réclamé hier la mise en place de systèmes de rémunération incluant des titres de dette bancaire illiquides (comme chez Credit Suisse et UBS), et pas seulement du numéraire et des actions. En revanche, les mesures de rétorsion via le clawback, généralisées depuis 2012, continuent de toucher plutôt les opérateurs de marché et responsables intermédiaires, sanctionnés après la découverte de conduites illicites ou trop risquées.
Lloyds Banking Group va ainsi récupérer 3 millions de livres (3,8 millions d’euros) déjà versés à huit salariés, tout juste licenciés à la suite d’une enquête interne sur la manipulation du Libor. Dans ce dossier, la banque britannique a écopé d’une amende de 370 millions de dollars (275 millions d’euros) pour mettre fin à des enquêtes outre-Manche et aux Etats-Unis. Morgan Stanley va aussi pouvoir réclamer 3 millions de dollars de bonus à l’un de ses anciens courtiers. Accusé par la SEC de délit d’initiés, il vient d’être sommé de rembourser son employeur après un arbitrage de la Finra, un autre régulateur américain.
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